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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 21:01
PARUTION du  livre "Nicolas Dortoman et Balaruc"

Nicolas Dortoman et Balaruc

La médecine thermale à la Renaissance

Livre des études du colloque organisé à Montpellier et Balaruc en septembre 2014

Paru aux Editions Guilhem

2 rue Albane et Bertane 34150 leDésert, 2015

Préface de l'ouvrage

Ce texte est l’introduction de l’ouvrage J. Meyers et B. Pérez-Jean (éd.), Nicolas Dortoman et Balaruc, La médecine thermale à la Renaissance, Editions Guilhem, Saint-Guilhem- le-Désert, 2015 (32 euros)

Introduction : Nicolas Dortoman, un médecin injustement oublié Jean Meyers, Brigitte Pérez-Jean

Voici quelques années nous entreprenions avec notre collègue Marie-Françoise Delpeyroux sur la proposition de Régis Ayats, médecin aux Thermes de Balaruc, la traduction française, la première dans une langue moderne, du traité de Nicolas Dortoman publié en 1579 à Lyon : le De causis et effectibus Thermarum Belilucanarum paruo interuallo à Monspeliensi urbe distantium (1) . Une fois la traduction achevée en 2013, il nous a paru indispensable d’inviter des spécialistes de disciplines diverses à s’interroger sur l’importance de ce texte pour l’histoire de la médecine et en particulier de la médecine thermale. Ce fut l’objet du colloque organisé du 18 au 20 septembre 2014 (2) et dont nous publions aujourd’hui les actes.

Les travaux réunis ici sont à nos yeux d’autant plus précieux que le traité sur les Thermes de Balaruc ainsi que son auteur sont tombés complètement dans l’oubli (3) . Or ceux-ci ne méritaient absolument pas de connaître une telle disgrâce, et l’on ne peut qu’être frappé du contraste qui existe entre l’indifférence dont est victime Nicolas Dortoman aujourd’hui, même à Montpellier ou à Balaruc, et la notoriété qui fut la sienne à son époque et au-delà.

Nicolas Dortoman (c. 1530-1590 ?) fut en effet en son temps un médecin célèbre, voire célébrissime, un savant dont les avis et les diagnostics comptaient parmi les plus sûrs et les plus fiables aux yeux des grands et aux yeux de ses pairs. Il fut, entre autres, successeur d’Antoine Saporta à la Faculté de médecine de Montpellier (1574), médecin ordinaire de Charles IX, participa à l’autopsie d’Henri III, après son assassinat en 1589 (4) , et fut nommé la même année premier médecin d’Henri IV. Ce n’est point là la carrière d’un petit médecin sans ~~envergure. S’il est aujourd’hui éclipsé dans les mémoires par d’autres confrères montpelliérains, plus prolifiques tels Arnaud de Villeneuve ou Guillaume Rondelet, c’est sans doute en partie dû au fait que Dortoman n’a laissé que ce petit traité en latin sur les Thermes de Balaruc à une époque où l’emploi des langues vernaculaires se généralise dans les œuvres médicales. Or l’étude de ce traité permet précisément de mieux mesurer la place de Dortoman dans l’histoire de sa discipline et dans celle du thermalisme.

Ce traité révèle un homme de son temps, un humaniste héritier de l’Antiquité et du Moyen Âge latin. Quand il entreprend l’écriture du De causis et effectibus Thermarum Belilucanarum, il a en effet déjà derrière lui toute une série de devanciers. L’essor thermal à la fin du Moyen Âge, lié à une fréquentation accrue des bains, portée par un souci renouvelé du bien-être corporel et du maintien de la santé, par un retour à un mode de vie antique et par l’émergence de nouvelles pratiques sociales (5) , s’était en effet accompagné dès le XIVe siècle en Italie d’une conception thérapeutique des bains et d’une importante production intellectuelle de traités de balneis (6), qui devint ainsi un véritable genre littéraire médical (7) . Les caractéristiques de ce nouveau genre littéraire, initié par de grands noms de la médecine, connus non seulement pour leur enseignement, mais souvent aussi pour leur service en milieu de cour, ont été bien mises en lumière par Marilyn Nicoud (8) . On les retrouve évidemment dans l’œuvre de Dortoman.

Son traité suit les deux thèmes principaux du genre médiéval, à savoir, d’un côté, la recherche des causes expliquant les particularités des eaux, objet du livre I, et, de l’autre, l’explication des règles d’usage des eaux, détaillées dans le livre II. Or si Dortoman se montre très traditionnel dans son approche du premier thème – encore qu’il y insiste bien plus, contrairement à ses devanciers, sur la chaleur des eaux que sur leur minéralité, il est dans le traitement du second thème beaucoup plus novateur, car, à la différence de presque tous ses prédécesseurs, il ne se contente pas de fournir une liste générale des soins possibles, mais associe soins et règles aux différents types de pathologie : chaque pathologie donne lieu à une adaptation spécifique des règles d’usages. L’approche du thermalisme est ainsi renouvelée de manière visible dans le De causis.

Dortoman se place donc du côté de ces médecins novateurs qui, sans renier complètement l’enseignement antique de Galien ou d’Hippocrate, ont rompu en partie avec la tradition en privilégiant notamment, comme un Vésale, l’observation et l’expérience et en défendant, comme un Paracelse, la balnéothérapie comme substitution de la thériaque. On note aussi chez lui une attention particulière à la médecine préventive – les eaux de Balaruc peuvent guérir les maladies mais aussi aider à maintenir la santé (9) –, ainsi qu’une louable discrétion vis-à-vis des cas particuliers rencontrés lors des cures : contrairement à beaucoup de ses collègues, Nicolas refuse de faire la publicité des thermes en publiant une liste des cas connus et guéris pour préserver l’intimité des malades.

Il est remarquable de voir combien cet homme venu du Nord (il est né aux Pays-Bas à Arnhem) s’est fondu dans le milieu montpelliérain qu’il a intégré. L’intérêt pour le thermalisme est en effet une caractéristique de l’école montpelliéraine de médecine et Dortoman a hérité de cet intérêt à travers l’enseignement de maîtres montpelliérains comme Guillaume Rondelet ou Laurent Joubert, mais il n’empêche que c’est lui qui développera la médecine thermale mieux que tout autre et initier un mouvement que suivront bien des médecins du XVIIe siècle et même du XVIIIe. Pour beaucoup, Dortoman restera ainsi l’éminent professeur de Montpellier, qui contribua à la vogue du thermalisme et qui fut « l’inventeur » des Thermes de Balaruc.

Le souvenir de Dortoman pourtant finira par se perdre. Il faut sans doute en chercher une des raisons dans l’austérité de son traité. D’une part, sa rédaction en latin, et, qui plus est, en un latin très rhétorique, souvent difficile, voire obscur et dans lequel s’étale, parfois avec ostentation, une culture humaniste, certes, mais aussi une érudition de spécialiste, cette rédaction donc n’aura pas facilité l’accès à son œuvre. Dortoman n’a pas voulu écrire en effet pour les curistes de Balaruc, sans quoi il aurait écrit en français, mais pour ses collègues de quelque origine qu’ils soient, d’où le choix du latin, la langue internationale de son temps. Le public visé explique aussi une certaine froideur, pour ne pas dire une certaine crudité, dans le traitement de la matière et dans la description des maladies, ce qui a pu nuire aussi à la diffusion du traité en dehors des milieux spécialisés. Ce parti pris pourtant n’aura pas eu que des inconvénients. Sans celui-ci, les médecins d’aujourd’hui n’auraient jamais pu admirer l’extraordinaire précision de l’observation clinique chez Dortoman, notamment dans la description des maladies oculaires, ni ceux d’autrefois juger de l’intérêt réel des eaux de Balaruc, comme le fit le médecin suisse, formé à la faculté de Montpellier, Thomas Platter, lors de son passage à Balaruc le 14 octobre 1595. Il écrit ainsi dans les pages qui racontent sa visite : « On trouvera tous les renseignements sur le métal ou le minéral que contient cette eau ; sur la façon dont elle s’écoule par un canal jusqu’à l’étang, lequel n’est qu’à une portée d’arquebuse de l’établissement thermal ; sur les qualités et particularités de ces eaux balaruciennes, on trouvera tout cela, disais-je, dans un petit livre original de Monsieur Nicolas Dortoman, docteur en médecine de Montpellier. Il est imprimé en latin, et il contient un plan de cette installation thermale ; il a été publié in octavo. Il faut dire que pendant les quatre années qui ont suivi ma première visite, on a beaucoup construit sur cet emplacement . » (10)

Comme on le voit, Thomas Platter a jugé le petit livre de Dortoman suffisamment « original » pour mériter d’être cité dans son récit. Et à vrai dire, l’originalité de cet ouvrage est telle qu’il nous aura fallu réunir des spécialistes de toutes sortes pour en dévoiler toute la richesse : des latinistes, des historiens du Moyen Âge et de la Renaissance, des archéologues, des hellénistes, des seizièmistes, des médecins et des historiens de la médecine, des spécialistes du thermalisme et même un spécialiste de l’alchimie. Mais nous espérons qu’ainsi éclairé, le De causis de Nicolas Dortoman pourra sortir de l’oubli et que son auteur retrouvera à Montpellier et à Balaruc les honneurs et la gloire qu’il mérite.

Nous tenons à remercier en premier lieu le docteur Régis Ayats qui fut à l'origine de ce double projet constitué par la traduction du texte latin de Nicolas Dortoman et le colloque pluridisciplinaire qui en est issu. Le docteur Ayats avait en effet reçu en legs de son confrère balarucois, le docteur Robert Gros, l'un des rares exemplaires de l’édition originale de Dortoman, publiée à Lyon en 1579, contre la promesse d'en faire assurer un jour la traduction française. C'est grâce à sa fidélité et à son opiniâtreté que le projet qui nous a réunis a vu le jour et qu'au delà de la traduction, bientôt disponible chez Garnier, la collaboration entre les études classiques et l'histoire de la médecine a pu se concrétiser.

Le colloque qui nous a réunis tant à la Faculté de médecine de Montpellier que dans les locaux de la recherche de l'Université Paul-Valéry et enfin dans la cité thermale de Balaruc-les-Bains a été rendu possible grâce à l'aide généreuse de la Municipalité de Balaruc et de l'équipe d'accueil en Sciences Humaines E.A. 4424 C.R.I.S.E.S. de l'Université Paul-Valéry. Nous remercions M. le Doyen de la Faculté de médecine de nous avoir accueillis dans la prestigieuse salle des Actes, sous le regard d'Hippocrate, à proximité du lieu où sont exposés les portraits de Rondelet, de Dortoman et de bien d'autres médecins célèbres de cette faculté, ainsi que les conservatrices de la Bibliothèque de la Faculté qui avaient préparé à notre intention l'exposition d'ouvrages rares contemporains de Nicolas Dortoman, son traité compris.

Notre gratitude va enfin à notre savant collègue de la Sorbonne, latiniste et philosophe, le professeur Carlos Lévy, curiste familier des thermes, qui a bien voulu animer les débats lors de la journée à Balaruc et qui l’a fait avec une intelligence et un enthousiasme remarquables. Dès son retour à Paris, il envoyait au docteur Ayats un petit mot dont nous voudrions citer un extrait :

«Comme vous le savez, cela fait longtemps que je fréquente assidûment Balaruc, mais ce séjour aura eu un caractère particulier. Pendant ces trois jours, en effet, c'est tout un monde que nous avons exhumé, dans ses multiples facettes, avec des lumières que nous ne soupçonnions même pas, mais aussi avec ses ombres que nous nous sommes attachés à réduire. L'attention soutenue avec laquelle le nombreux public a suivi samedi des débats qui n'étaient pas nécessairement évidents pour tout le monde l'a bien montré, il a perçu intuitivement qu'il se passait quelque chose d'important et même d'essentiel. Découvrir de nouveaux territoires géographiques est devenu difficile, voire impossible actuellement. En revanche, l'espace du temps, lui, nous est ouvert, riche encore de tant et tant de secrets. C'est un peu comme si nous avions donné à Balaruc une quatrième dimension et rien de cela n'aurait été possible sans votre obstination à respecter une promesse, en un temps où la parole donnée a souvent si peu de poids. »

Nous serions heureux si la publication de ces actes pouvait prolonger auprès des lecteurs ce moment « important et même essentiel » vécu lors du colloque par les auditeurs. Montpellier, janvier 2015

Notes

1 Nicolas Dortoman, Deux livres sur les causes et les effets des Thermes de Balaruc, tout près de la ville de Montpellier, Traduits du latin et annotés par M.-F. Delpeyroux, J. Meyers, B. Pérez-Jean avec la collaboration de R. Ayats (à paraître aux Classiques Garnier). Toutes les traductions du traité de Dortoman que l’on trouvera dans ce volume sont tirées de cette édition à paraître ; c’est la raison pour laquelle toutes les références aux pages du traité sont faites à partir, non de cette traduction encore inédite, mais à partir du texte latin publié par Dortoman lui-même. Nicolas

2 équipe de recherche C.R.I.S.E.S., de la Faculté de médecine de Montpellier , de la Bibliothèque interuniversitaire et de la Ville de Balaruc.

3 On ne disposait sur Dortoman que des travaux de L. Dulieu, « Les Dortoman », dans Monspeliensis Hippocrates, 22 (1963) p. 3-7 ; Id., La médecine à Montpellier, T. II : La Renaissance, Avignon, Les Presses universelles, 1979, passim et p. 330-331 et de J. Céard, « Nicolas Dortoman, membre de l’Académie de Nérac, ‘Thresaurier de nature’ », dans La cour de Nérac au temps de Henri de Navarre et de Marguerite de Valois, Niort (Albineana, 24), 2012, p. 195-206. Quant à son traité, il n’avait guère attiré l’attention que de J. Laissus, « Les eaux merveilleuses de Balaruc », dans Revue d’histoire de la pharmacie, 53 (1965) p. 367-377.

4 Voir J. Vons (éd.), « Rapport d’autopsie du roi Henri III par le chirurgien Jacques Guillemeau », extrait de : Jacques Guillemeau, Les Oeuvres de Chirurgie, Rouen, 1649, Chez Jean Viret et al. [De l’imprimerie de Pierre Maille], p. 857 [exemplaire consulté : BU médecine de l’Université François-Rabelais, Tours], Document édité en ligne sur Cour de France.fr le 2 nov. 2008 (http://cour-de-france.fr/article650.html) : « [La mort] pour les raisons et accidens susdits, quelque diligence qu’on y eust peu apporter, estoit inevitable ; [autopsie] faite sous nos seings manuels, au camp de S. Cloud prez Paris, le Jeudi matin troisiesme d’Aoust, mil cinq cens quatre-vint-neuf. Les medecins qui ont assisté LE FEVRE, DORTOMAN, REGNARD, HEROARD. Les chirugiens qui l’ont embaumé PORTAIL, LAVERNOT, D’AMBOISE, VAVDELON, LE GENDRE. »

5 Voir Ph. Braunstein, « Dal bagno publico alla cura corporale privata : trace per una storia sociale dell’intimo », dans Ricerche Storiche, 16 (1986) p. 524-534.

6 Sur cet essor, voir D. Boisseuil, Le thermalisme en Toscane à la fin du Moyen Âge : les bains siennois de la fin du XIIIe siècle au début du XVIe siècle, Rome (CEFR, 296), 2002.

7 L. García Ballaster, « Sobre el origen de los tartados de baños (de balneis) como género literario en la medicina medieval », dans Cronos, 1 (1998) p. 7-50 (repris dans Id., Saberes y ejercicio profesional de la medicina en la Europa pluricultural de la Baja Edad Media, Grenade, 2004, p. 453-514). Voir aussi J.-M. Agasse, « La question De balneis dans la littérature médicale néo-latine de la Renaissance », dans M.-F. Marein et P. Voisin (éd.), Eaux, terres et lieux, Actes du XXXVIe Congrès de l’Association de l’APLAES, Pau, 2004, p. 115-128.

8 Voir M. Nicoud, « Les médecins italiens et le bain thermal à la fin du Moyen Âge », dans D. Boisseuil (éd.), Espaces et pratiques du bain au Moyen Âge, Médiévales, 43 (2002) p. 13-40, spéc. p. 19-26, et Ead., « Les vertus médicinales des eaux en Italie à la fin du Moyen Âge », dans M. Guérin-Beauvois et J.-M. Martin (éd.), Bains curatifs, 2007, p. 321-344.

9 Sur cet aspect, voir en particulier P. Kaufmann, « “Nonnulli ad conservandam vel ad reparandam corporis sanitatem thermis vel balneis opus habent.” Entwicklung der Badefahrten und ‘Naturbäder’ im 15. und 16. Jahrhundert im Gebiet der Schweiz », dans D. Boisseuil et H. Wulfram (éd.), Die Renaissance der Heilquellen im Italie und Europa von 1200 bis 1600. Il Rinascimento delle fonti termali in Italia e in Europa dal 1200 al 1600. Geschichte, Kultur und Vorstellungswelt. Storia, cultura e immaginario, Francfort, Peter Lang, 2012, p. 99-112, spéc. p. 105-107.

10 E. Le Roy Ladurie, Le voyage de Thomas Platter, 1595-1599 (Le siècle des Platter II), Paris, Fayard, 2000, p. 130.

12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 15:51
COLLOQUE NICOLAS DORTOMAN              MONTPELLIER-BALARUC           18-20 Septembre 2014

COLLOQUE NICOLAS DORTOMAN 1530-1590

Médecin du roi. Doyen de la faculté de médecine de Montpellier

A propos du traité "Des causes et des effets des Thermes de Balaruc ..."

18-20 septembre 2014 Montpellier-Balaruc

PROGRAMME

Jeudi après-midi (Faculté de Médecine, salle des Actes, 1 rue Ecole de Médecine)

14h00 Accueil des participants

14h15 Ouverture par M. le doyen de la Faculté de Médecine

Introduction : Jean Meyers et Brigitte Pérez-Jean, professeurs à l'Université Paul-Valéry de Montpellier

Présidente de séance : Geneviève Xhayet

14h25 Philippe Poindron, professeur à l'Université de Strasbourg : La thérapeutique au temps de Dortoman : continuité, ruptures, innovations et nouvelles approches

15h00 Evelyne Berriot-Salvadore, professeur à l'Université Paul-Valéry : Nicolas Dortoman : l'esprit et la méthode d'un professeur de Montpellier

15h45 Nicolas Breton, doctorant à l'Université de Franche-Comté : Dortoman et son temps

16h30 Pause: visite de la bibliothèque de la Faculté de Médecine avec un Conservateur

17h00 Marie-Francoise Delpeyroux, maître de conférences à l'Université Paul-Valéry : Les sources du De causis et efectibus thermarum Belilucanarum. Dortoman a-t-il lu le traité De Balneis de Gentile da Foligno ?

Vendredi matin (Université Paul-Valéry, site Saint-Charles, salle des colloques 01)

Président de séance : Thierry Lavabre-Bertrand

9h30 Iouri Bermond et Christophe Pellecuer, archéologues, Ministère de la Culture : "Le vrai portrait" de Balaruc à l’époque romaine, de Dortoman à l’archéologie contemporaine

10h15 Didier Boisseuil, maître de conférences à l'Université de Tours et Marilyn Nicoud, professeur à l'Université d'Avignon : Le thermalisme en Italie (XIVe-XVIe siècles)

11h00 Pause café

11h30 Jean-Pierre Jougla, avoué, coordinateur du D.U. Emprise et processus de vulnérabilité. Faculté de Médecine de Paris-Descartes : L'alchimie chez les médecins au XVIe siècle, son extension au cours des deux siècles suivants

Vendredi après-midi (Université Paul-Valéry, Saint-Charles, salle des colloques 01)

Présidente de séance : Béatrice Bakhouche

14h30 Thierry Lavabre-Bertrand, professeur à l'Université de Montpellier I : L'université de médecine de Montpellier dans les vicissitudes du XVIe siècle

15h15 Geneviève Xhayet, docteur, chef de travaux FNRS de l'Univer-sité de Liège : Modalités de la cure à Balaruc (usages de l’eau, régime des curistes)

16h00 Concetta Pennuto, maître de conférences à l'Université François- Rabelais de Tours : Soigner les organes génitaux par les eaux : Dortoman et la source de Balaruc

Samedi matin (Balaruc-les-Bains, salle Montgolfier, en face du syndicat d’initiative)

Une table ronde réunira, outre les intervenants du colloque, Carlos Lévy, professeur à la Sorbonne Paris 4, Pierre Cassado, spécialiste d'onomastique, R. Ayats, J. Meyers, B. Pérez-Jean.

10h00 Ouverture par Régis Ayats

Modérateur: Carlos Lévy

12h00 Conclusions par Jean Meyers et Marie-Françoise Delpeyroux.

Ce colloque est organisé par Régis Ayats, Marie-Françoise Delpeyroux, Jean Meyers et Brigitte Perez-Jean avec le concours de l’Université Paul-Valéry Montpellier III, de l’équipe de recherche CRISES, de la Faculté de Médecine Montpellier I, de la Ville de Balaruc-les-Bains et de la Bibliothèque Interuniversitaire Montpellier I

Remerciements : Jacques Bringer Doyen de la Faculté de Médecine Montpellier I pour la mise à disposition des salles de conférences, Françoise Olivier chargée de la valorisation du Patrimoine Historique Montpellier I pour l’iconographie: portrait Nicolas Dortoman, à Hélène Lorblanchet Conservatrice de la Bibliothèque pour son aide dans le choix des documents historiques exposés, Gérard Canovas Maire de Balaruc-les-Bains, Brigitte Lanet son adjointe et Jacques Burille Directeur des Thermes pour l’intérêt porté au colloque, leur aide logistique et financière.

3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 16:38
BALARUC XVIème SIECLE étymologie et histoire des débuts

Nicola Dortoman dans son traité sur les Thermes de Balaruc 1579 étudie l'étymologie et origine du nom de Balaruc et raconte comment avec Guillaume Rondelet et Guillaume de Chaume ils lancent l'opération "grâce à quoi il attirerait de toutes parts les populations vers ces Thermes" et fustigent le nouveau propriétaire laïc dont "aucune admonestation n’a pu le persuader jusqu’ici d’y construire un établissement plus décent, d’installer une piscine ou bassin séparé de la buvette thermale, ni de fournir aux curistes au cours des soins des ustensiles propres".

In Traduction à paraître : Thermes de Balaruc

M.F. Delpeyroux, J. Meyers, B. Perez, avec la collaboration de R. Ayats, UPV Montpellier

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Étymologie et origine du nom des Thermes de Balaruc

Balineum ou bien balneum, et balneae ou bien balnea (le mot grec βαλανεῖον, passé en latin, vient ἀπὸ τῶν βαλάνων, c’est-à-dire « des glands » dont l’enveloppe maintenait de l’extérieur notre chaleur, tout comme leur chair la maintenait de l’intérieur, selon la Souda), ces mots désignent des lieux contigus et fermés : au pluriel, ce sont les bains publics et, au singulier, c’est le bain privé chez les particuliers ; nous y suons, nous nous y lavons, nous nous y débarrassons de la saleté, dans le but de conserver la santé et d’éloigner la maladie.

Des Bains, nous distinguons les Thermes, dont le nom vient ἀπὸ τῆς θέρμης, « de la chaleur ». Tout d’abord, si les Bains sont chauds, c’est seulement par l’art et non naturellement, tandis que les Thermes peuvent être chauds et par l’art et naturellement. Deuxièmement, les Bains supposent toujours un liquide pour se laver, tandis que les Thermes sont dits tels même sans eau, c’est-à-dire secs et sudorifiques. Troisièmement, rien n’empêche que les Bains se fassent à l’eau froide, tandis que les Thermes ne connaissent que l’eau chaude.

On appelle peut-être le bourg Belilucus, parce qu’en ce lieu, ou plutôt dans ce lucus (bois sacré), les habitants vénéraient Bélus, ou Beëlus ou Baalamus (ces noms qui signifient la même chose chez saint Jérôme désignent tous les dieux faisant l’objet de cultes, dieux pourtant faux, comme l’entendent les spécialistes d’Histoire sainte). Du reste, des témoignages transmis de mains en mains, tant des vivants que des morts – pères, aïeuls, bisaïeuls – tendent à prouver qu’il y eut autrefois un bois, et les habitants, aujourd’hui encore, le confirment unanimement. Celui-ci a été coupé peu à peu, en raison des très fréquentes périodes de guerre, des troupes de brigands funestes aux voyageurs et en vue de faire un usage plus agricole d’une terre autrefois sauvage et boisée. Le bois coupé et les poutres qu’on en tirait ont permis de construire des places fortes, des villages et des bateaux, en plus grand nombre dans cette partie du Languedoc qu’ailleurs. Ainsi ne demeure-t-il presque aucun bois, aucune futaie, aucune forêt, si ce n’est quelques-unes qui seront bonnes à couper dans dix ou quinze ans.

C’est pourquoi Belilucus tire son nom d’un dieu réputé prospère, Belus, et de lucus, ce qui est de fait le plus vraisemblable. Ceux qui font dériver à tort Baléruc de balneus et de lacus (Ban-du-lac), ceux-là agissent avec une liberté plus grande qu’il ne convient quand il s’agit de noms. Ils ne replacent pas non plus correctement les parties déformées du nom, ceux qui pensent que Baléruc vient de Balneum Lucae (Ban-de-Luc), à savoir de saint Luc qui, d’après la tradition, fut à la fois évangéliste et médecin. Dans ce cas, naturellement, ce seraient les Thermes aux vertus médicales qui auraient imposé leur nom à la ville, et non la ville aux Thermes. En outre, les vœux offerts à la Vierge d’Aix, à qui ces eaux sont consacrées, seraient restés lettre morte, s’il fallait croire que le bain a été dédié à une divinité imprécise. Du reste, il subsiste un temple en ruines, voisin des Thermes de Balaruc, consacré à la Vierge Marie, (notre Dame d’Aix en langue vernaculaire), appelée par nous Aquensis (d’Aix), de aquis (eaux) ; ce nom en effet (Aix) signifie pour les Gaulois des « eaux », des « Bains » ou des « Thermes ». Prenons pour exemple Aix-en-Provence, Aix-la Chapelle[i], l’Aix des Cantabres[ii], des Arvernes[iii], des Allobroges[iv], des Helvètes[v], toutes appelées Aix. Dans les lieux cités ci-dessus, soit il y eut autrefois, soit il existe encore des Thermes de grande réputation, à partir desquels les noms ont été attribués aux villes, tout comme ici au temple de la Vierge. Il a été dédié à la Vierge en tant que femme, selon la coutume des Anciens, qui n’hésitèrent pas à consacrer un temple à celles qui soignaient les maladies, les déesses Hygie et Santé.

Depuis dix ans plus ou moins, tous les natifs du lieu et les habitants de la ville de Balaruc le reconnaîtront ici bien volontiers avec moi, un renouveau, une palingénésie, une renaissance des Thermes de Balaruc doivent être envisagés, pourvu seulement que ces gens comprennent que cette renaissance dépend d’un usage reconnu des Thermes et non de leur lieu d’origine. Mais grâce à quel Mercure, à quel héraut, à quel buccinateur les Thermes ont revécu, il ne sera pas hors de propos de le rappeler. On loue Dionysos, on loue Cérès parce que l’un apprit aux mortels l’usage du vin, l’autre celui du blé. Il faut également louer celui qui, avec une baguette pour ainsi dire divine[1], tel un nouvel Evangelos[2] dont le souvenir est rappelé par Vitruve, a montré le premier aux hommes l’usage de ces eaux et en a prouvé l’effet par l’expérience. À ce propos, il faut remarquer qu’à un mille de l’oppidum de Balaruc vers le nord, est situé l’oppidum de Poussan. La seigneurie de ce lieu est possédée par Guillaume de Chaume[3], non seulement noble de naissance, mais doté d’une collection de vertus à nulle autre pareille : mansuétude, bonté, bienveillance, sagesse, piété. Cet homme a voulu prendre conseil non seulement dans l’intérêt de ses sujets de Poussan mais aussi pour tous les habitants de la Gaule, voire de l’Europe ; aussi réclama-t-il à ce sujet le conseil du très célèbre Chancelier de Montpellier, de pieuse mémoire, le Révérend Guillaume Rondelet qui, de son vivant et jusqu’à sa mort, le gratifia de l’amitié la plus intime[4].

C’est pourquoi Rondelet, instruit le premier dans les grandes lignes par Guillaume de Chaume des vertus des Thermes de Balaruc alors tombés dans l’oubli et, à vrai dire, désaffectés[5], Rondelet donc voulut, deux fois par an, sonder et explorer ces Thermes, non en théorie mais en pratique, à cause de la grave affection qui touchait l’une de ses cuisses et le faisait souffrir (comme il me l’a raconté lui-même plus d’une fois en conversation familière). C’est à la suite de cette indisposition que Guillaume de Chaume eut l’excellente idée de suivre d’abord l’avis de l’illustre médecin qu’était le Révérend Rondelet ; après avoir fait usage de ces Thermes bienfaisants, il était toujours vivant, en bonne santé et ne ressentait aucune douleur ; il pensa alors que, pour s’acquitter solennellement de la reconnaissance due en récompense à cette assistance de la nature, il n’était pas de meilleur moyen que la promulgation, l’annonce officielle, la publication par édit de l’efficacité désormais partout reconnue de ces Thermes, grâce à quoi il attirerait de toutes parts les populations vers ces Thermes, comme vers un sanctuaire consacré à la Santé.

Autrefois les Ecclésiastiques tiraient profit des Thermes de Balaruc, aujourd’hui c’est un laïc.

Et voici que depuis quatre ans à peine, il s’attelle avec tant d’opiniâtreté à cette tâche qu’une foule immense d’hommes afflue en ce lieu deux fois par an, jusqu’à ce jour, sans distinction de leurs affections, de leur tempérament, de leur âge, de leur vie passée, de leur sexe, de leur région ou de tout autre critère : aussi est-il à craindre que dorénavant ces Thermes ne deviennent d’autant plus mauvais par leur abus qu’ils ne sont fameux par leur bon usage (bien qu’ils ne le fussent devenus que par la renommée d’un seul). Ce qui augmente les craintes, c’est la répétition constante des guerres civiles dans cette région de la Gaule, raison pour laquelle les personnes assez éloignées osent à peine se rendre aux Thermes sans escorte sûre. Mais si ce risque disparaît un jour totalement (il faut espérer que nous aurons ce loisir par la bienveillance de Dieu Tout-Puissant et de notre très grand Roi Henri III), ces eaux sont, je le croirais volontiers, appelées à devenir les plus célébrées de toute l’Europe, quand on aura parfaitement pris connaissance dans ce Traité de leur usage adapté. Du reste, ces rappels historiques[6] se fondent sur le souvenir des quelques années qui viennent de s’écouler ; c’est pourquoi ils ne parlent que de la rénovation de vertus depuis longtemps ensevelies. Et de fait, le temple voisin de N.-D. d’Aix, tombé en ruines, appelé jadis ainsi à cause des eaux et de leurs vertus, prouve que ces Thermes ont été en grand usage il y a quelques siècles aussi.

Jusqu’à quel point les Thermes de Balaruc sont et ne sont pas les plus célèbres de toute l’Europe.

De plus, la possession féodale de ce lieu a été donnée et concédée autrefois pour des raisons religieuses aux chanoines ou clercs réguliers de Maguelone, pour que les effets et vertus de ces Thermes soient déclarés comme ayant été reçus du Ciel. Mais, leur usage étant depuis longtemps tombé en désuétude, on les a confiés à un vassal laïc, qui en tire profit grâce non pas à Jupiter Elicius, mais à Apollon Elicius[7]. Si, pour cela, certains, à juste titre, veulent établir un lien entre la cause de la disparition des vertus de ces Thermes et la grotte dans laquelle se trouve la source de Clitor, qu’ils voient par eux-mêmes. À ce sujet, voici ce qu’écrit Vitruve, livre 8, chap. 3[8] : « En Arcadie, il est une ville de quelque renom, Clitor, sur le territoire de laquelle jaillit d’une grotte une eau qui rend abstèmes tous ceux qui en ont bu. Et auprès de cette source est gravée sur la pierre une épigramme ; elle signale en vers grecs que cette source est impropre aux bains mais aussi ennemie de la vigne, parce qu’auprès d’elle Mélampous[9], au cours d’une cérémonie sacrificielle, débarrassa de leur démence les filles de Proetos[10] et rendit à l’esprit de ces vierges leur équilibre antérieur ».

Enfin, un bassin hors d’usage avec ses conduites prouve et rappelle l’ancienneté de ces Thermes. Du fait qu’il est assez voisin du temple en ruines et donc situé au-dessus du nouveau bain actuellement utilisé, il ne contient pas d’eau. Il résulte clairement de tout cela, je pense, que, à un autre endroit du site, ces Thermes avaient aussi été ouverts aux malades comme une sorte de sanctuaire, bien qu’il soit difficile d’augurer à quelle période et pendant combien de temps. Il faut noter par ailleurs que le vieux bassin tout desséché nous amène à la connaissance d’autres faits. Premièrement, la source coule à partir des collines septentrionales et, s’asséchant de jour en jour, elle ne peut sourdre et émerger dans le bassin supérieur. Car, au témoignage de Vitruve[11], l’eau canalisée verticalement ne peut jaillir naturellement du sein de la terre que près de sa source souterraine ; mais, grâce à l’art, l’eau canalisée peut être amenée à une hauteur de cent pieds au moins, selon l’avis de Pline[12]. Sur ce point, la nature rivalise avec l’art dans une certaine mesure par l’étroitesse des passages et par la chaleur qui raréfie les eaux et les fait bouillir, si l’on en croit Vitruve[13].

Deuxièmement, le fond du bassin nouveau ne peut être nettoyé du fait qu’il faudrait pouvoir le vider par des conduites dans les marais situés au-dessus, mais le fond de ce gouffre qui nous sert de bassin est beaucoup plus bas que les marais eux-mêmes.

Troisièmement, il est à craindre que les eaux ne redeviennent un jour souterraines, à craindre que, abandonnant le bassin moderne, elles n’aillent par des galeries se déverser dans l’étang, dans lequel leur présence se manifeste déjà par des tourbillons et des bulles, et qu’à cause de la dureté du climat, elles ne deviennent complètement troubles κατ᾿ἀνυδρίας[14], ne s’assèchent et ne disparaissent toute l’année, comme il arrive maintenant surtout à l’époque des solstices.

Ces phénomènes ébranlent le nouvel acquéreur profane des Thermes, mais pour autant aucune admonestation n’a pu le persuader jusqu’ici d’y construire un établissement plus décent, d’installer une piscine ou bassin séparé de la buvette thermale, ni de fournir aux curistes au cours des soins des ustensiles propres.

NOTES

[1] L’expression virgula quadam diuina est sans doute un souvenir Cicéron, De Officiis I, 44, 158 (trad. Ch. Appuhn, Paris, Garnier, 1933) : « À supposer que, pour pourvoir à notre alimentation et à tout notre entretien, nous eussions une baguette magique (quasi uirgula diuina), pense-t-on que négligeant toute autre affaire, les mieux doués d’entre nous s’adonneraient sans réserve à la science et n’auraient d’autre souci que d’étendre leur connaissance ? »

[2] Vitruve, De architectura X, 2, 15 (le sens du mot grec est « messager de bonnes nouvelles »).

[3] Guillaume de Chaume, fils de François de Chaume, seigneur de Poussan en 1560. Il doit s’agir du même Guillaume de Chaume qui prit la qualité de baron d’Aumelas lorsque Dominique de Narbonne, seigneur de Poussan, fit un testament en sa faveur en 1555 ; il fut élu premier consul de Montpellier.

[4] Rondelet (1507-1566) fut l’un des plus célèbres Chanceliers de la Faculté de médecine, qui se distingua par sa passion pour l’anatomie et par une production importante d’ouvrages médicaux sur les sujets les plus divers, en particulier l’ictyologie (ouvrages en partie rassemblés et publiés en 1620 à Montpellier sous le titre Opera omnia). Sur celui-ci, voir L. Dulieu, La médecine à Montpellier, T. II, p. 345-347.

[5] En grec translittéré dans le texte, achrestôn, « sans utilité ».

[6] Nous voyons dans historicus un adverbe formé sur le modèle du grec historicôs (à moins qu’il ne s’agisse d’une coquille pour historice).

[7] Voir Ovide, Fastes III, 328 : il existait à Rome sur l’Aventin un autel de Iuppiter Elicius. Cette épiclèse vient du verbe latin elicere, signifiant « attirer par magie » : Jupiter fut attiré sur terre dans l’épisode de Faunus et Picus à l’instigation du roi Numa, qui voulait apprendre du dieu le rite pour conjurer la foudre. En attribuant à Apollon l’épithète, Dortoman suggère que le laïc en charge des Thermes tient d’Apollon la connaissance des vertus médicinales de Balaruc.

[8] Vitruve, De architectura VIII, 3, 21.

[9] Mélampous, fils d’Amythaon et d’Idoménè, fut un devin et un guérisseur célèbre, qui pouvait parler aux animaux. Ce nom apparaît dans beaucoup de mythes grecs différents. Voir entre autres références : Homère, Odyssée XV, 242 ; Apollodore, Bibliothèque I, 9, 11-13 ; II, 2, 2 ; Virgile, Géorgiques III, 550 . Il existe aussi une Mélampodie attribuée à Hésiode.

[10] Les trois filles de Proetos, roi de Pylos, belles et demandées en mariage par des prétendants venus de toutes les parties de la Grèce, furent frappées de maladie et de folie et erraient à travers tout le Péloponnèse dans un costume inconvenant. Le châtiment les avait atteintes, selon Hésiode, pour avoir refusé de prendre part aux rites bachiques ; selon d’autres auteurs, pour avoir traité avec dédain la statue de bois et le simple accoutrement d’Héra. Elles auraient été guéries grâce au secours du célèbre Mélampous, qui utilisa quelques grains d’ellébore, plante qui porte d’ailleurs le nom scientifique de melampodium.

[11]Vitruve, De architectura VIII, 6, 3 : il est bien question dans ce passage de niveau des eaux et de pente aménagée, mais il ne mentionne ni source ni notion de perpendiculaire.

[12] Pline, Histoire naturelle XXI, 57.

25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 14:09

BALARUC AU XVIème SIECLE DEUX TEMOIGNAGES

THOMAS PLATTER ET NICOLAS DORTOMAN

Dans son ouvrage Le voyage de Thomas Platter, 1595-1599 (Le siècle des Platter II), Paris, Fayard, Emmanuel Le Roy Ladurie raconte le récit de voyage à travers le Sud de la France, du suisse Thomas Platter (1574-1628), venu étudier à la Faculté de médecine de Montpellier. Il consacre une longue notice à son passage à Balaruc et ses bains :

C’est une bourgade située à quatre lieues de parcours depuis Montpellier et à une demi-heure de marche de la rive de l’étang de Thau. Cette localité dispose d’une bonne enceinte de remparts. On y dénombre environ quatre-vingt ou cent maisons, mais pas d’artisans. Les habitants sont pêcheurs pour la plupart d’entre eux ; les autres sont mariniers, vignerons ou cultivateurs de champs de céréales."

Le matin du 14 octobre, nous nous sommes rendus aux bains d’eaux chaudes de Balaruc. Leur établissement se situe à environ une portée d’arquebuse de notre campement de nuit, lequel dans le temps était un monastère. L’endroit où se trouvent les bains chauds, Thermae Balarucanae, est fort mal bâti, car les sources chaudes changent souvent de place, comme j’ai pu l’expérimenter en toutes sortes de lieux. C’est la raison pour laquelle, à Balaruc, on n’a pas érigé de construction importante, les sources locales n’étant ni fixes, ni fiables. Nous y vîmes pourtant quantité d’hommes et de femmes de haut parage, venus de Montpellier, Nîmes, Toulouse et autres places, fussent-elles éloignées. Ces gens-là, bon gré mal gré, se contentaient des installations locales. Car on était alors au plus fort de la saison balnéaire, à savoir en automne. Ce serait la même chose au printemps. Mais l’hiver et l’été, en matière de thermalisme, sont considérés ici comme nuisibles et l’on évite de venir à ce moment-là.

Il y avait peu de gens qui se baignaient dans l’eau chaude de Balaruc, puisque aussi bien il y a fort peu de baignoires ou d’auges balnéaires ad hoc. En règle générale, ces gens buvaient cette eau par six, huit, jusqu’à douze verres, à la fois et en une seule fois. On s’y prenait progressivement pour commencer, puis de la même façon pour finir ; exactement comme on fait pour les sources d’eaux salines. Chacun se conformait, de ce point de vue, à ce que les médecins de Montpellier conseillaient, comme devant se faire en l’occurrence. Autant dire que les eaux de Balaruc, pour ces médecins, c’est comme une riche moisson. On ne tâte en effet de ces eaux thermales que sur ordonnance et prescription desdits médecins. L’eau en question est chaude par elle-même, très fortement salée, et elle fait un effet boueux quand on la boit. On dirait presque une soupe chaude, sale… et salée. Chacun avale sa portion, puis va faire un tour dans la campagne. Les dames les plus distinguées élégantes vont de-ci, de-là par les champs, au bras de leurs serviteurs ou de leurs amoureux. L’eau de Balaruc agit immédiatement, à la manière d’une formidable purge et c’est merveille de les voir en pleine campagne qui s’en vont chier ensemble dans les buissons. Car on est au bord de l’étang ; il n’y a ni arbre ni bâtisse pour se mettre à couvert. On ne peut se cacher nulle part. On trouvera tous les renseignements sur le métal ou le minéral que contient cette eau ; sur la façon dont elle s’écoule par un canal jusqu’à l’étang, lequel n’est qu’à une portée d’arquebuse de l’établissement thermal ; sur les qualités et particularités de ces eaux balaruciennes, on trouvera tout cela, disais-je, dans un petit livre original de Monsieur Nicolas Dortoman, docteur en médecine de Montpellier. Il est imprimé en latin, et il contient un plan de cette installation thermale ; il a été publié in octavo. Il faut dire que pendant les quatre années qui ont suivi ma première visite, on a beaucoup construit sur cet emplacement ».

 

Nicola Dortoman dans son traité sur les Thermes de Balaruc 1579 décrit la situation géographique Balaruc et ses thermes avec même un dessin pour mieux préciser les choses encore si c’était nécessaire. In Traduction à paraître : Thermes de Balaruc M.F. Delpeyroux, J. Meyers, B. Perez, avec la collaboration de R. Ayats, UPV Montpellier :

« D’innombrables petits bourgs obscurs entourent cette ville de Montpellier, parmi lesquels Belilucus (les habitants l’appellent Balerucum, Balaruc) qui jouxte un étang, bourg situé à quatre lieues environ de la ville. Par rapport à Montpellier, celui-ci a 0, 5 degré de moins en longitude et 0, 4 de plus en latitude. À partir de l’étang vers le sud-est se trouvent, à distance de mille pas plus ou moins, les eaux dites de Balaruc, qui jaillissent de collines situées vers le nord, aux alentours desquelles la terre est de couleur rouge, et comme cuite par un feu souterrain, comme on le verra plus bas plus en détail : les Thermes, autrefois plus éloignés de l’étang, sont aujourd’hui plus proches, de sorte que dans l’étang même, on peut apercevoir des tourbillons d’eaux chaudes, agitées, bondissantes et comme bouillantes, qui sortent par des conduits souterrains de la cavité principale des Thermes et se déversent dans l’étang. À partir de ce point de la péninsule, les eaux de Balaruc sont presque encerclées par la mer à l’est, au sud et à l’ouest, de sorte que Balaruc n’est accessible que par le côté nord, qui le rattache à la terre et qui est montueux, rude, rocailleux et aride.

Quant à la description particulière et au site de ce qui est davantage une cabane qu’un édifice adapté, selon la coutume ancestrale, à des Thermes si importants, à la description du bourg de Balaruc, du chemin qui mène du bourg aux Thermes, du Bassin dans lequel se déversent les eaux, des vignes, des champs, des monticules, du sanctuaire de Notre Dame d’Aix, du site des anciens Thermes, de l’étang, de la plage et de la jetée, du bras de mer intérieur et méridional, de la colline de Sète, etc., la figure qui suit en montrera la carte détaillée ».

 

Carte détaillée XVIème  Thomas Platter  Nicolas Dortoman
Carte détaillée XVIème  Thomas Platter  Nicolas Dortoman
Carte détaillée XVIème  Thomas Platter  Nicolas Dortoman

Carte détaillée XVIème Thomas Platter Nicolas Dortoman

19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 19:17
"Des causes et effets des thermes de Balaruc"
 
La traduction du Traité sur les Thermes de Balaruc de 1579 est terminée. 
Les participants au colloque vont recevoir la traduction en début d'été afin d'en décortiquer le contenu chacun dans le cadre de sa spécialité.
Le colloque est prévu à Montpellier Faculté de Médecine les 17 et 18 septembre 2014 et Balaruc le 19 septembre 2014.
Mais déjà pas mal d'éléments apparaissent d'emblée et le Professeur Jean Meyers dans son introduction parle d'éléments particulièrement remarquables qui nous positionnent station thermale la plus ancienne par la production d'écrit scientifiques  médicaux d'une particulière teneur.
Cela nous le devons à Nicolas Dortoman qui dans le genre littéraire "De Balneis" a rédigé en France le premier traité en choisissant Balaruc dont les Thermes étaient près de Montpellier.
Je ne résiste pas au plaisir de citer le professeur Jean Meyers quand il écrit: 
 

"Les caractéristiques de ce nouveau genre littéraire ont été bien mises en lumière par Marilyn Nicoud. La plupart de ces ouvrages ont été composés par de grands noms de la médecine, connus non seulement pour leur enseignement, mais souvent aussi pour leur service en milieu de cour. Ce fut bien le cas de Nicolas Dortoman, professeur à l’École de médecine de Montpellier, qui « enseigna avec éclat » et dont la « réputation très étendue » lui valut d’être le médecin ordinaire de Charles IX, de figurer parmi ceux qui pratiquèrent l’autopsie d’Henri III, après son assassinat en 1589, et enfin d’être nommé, la même année, premier médecin d’Henri IV. "

 

"Reflet d’un intérêt nouveau pour les « merveilles de la nature », les traités de balneis s’attachent à démontrer le côté naturel des eaux chaudes, à déterminer leur nature propre et à expliquer leurs effets thérapeutiques par l’observation et l’expérience. "

 

"Dortoman aura ainsi participé à ce premier effort d’enquête méthodologique et singulière sur  un phénomène naturel et singulier qui caractérise, comme l’a montré Katherine Park, la littérature thermale."

 

 

 

 

19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 18:50

Dortoman - Copie

 

Il y a une vingtaine d’années environ je recevais un appel téléphonique d’un de mes confrères le Docteur Robert Gros, me demandant de passer le rencontrer à son domicile villa Saint Clair, actuellement 8 avenue de la gare à Balaruc les Bains.

Je m’intéressais alors comme lui, mais plus modestement, à l’histoire de Balaruc.

En même temps que sa profession de médecin généraliste puis rhumatologue, Robert Gros était aussi un érudit ainsi qu’un poète reconnu et primé.

Notre rencontre fut brève et très précise. Il me déclarait, en présence du Traité de Nicolas Dortoman dont je rêvais, que j’en serais l’héritier en même temps que d’autres ouvrages et documents relatifs à l’histoire de Balaruc.

L’entrevue se déroula comme une cérémonie, devant le Nicolas Dortman en guise de livre sacré, à la manière d’une passation de pouvoir dans laquelle, je m’engageais à traduire ce Traité si je l’acceptais.

C’est avec une émotion extrême que je recevais cette sorte de sacrement. J’allais donc posséder ce volume extraordinaire vieux de plus de plus de 500 ans, rare, très important pour Balaruc et dont Robert Gros savait que j’en avais si souvent rêvé.

Il savait qu’il me faisait plaisir, je ne savais pas qu’il était condamné.

A sa mort  il fallut que je m’acquitte de ma promesse et trouve qui allait traduire ce Traité écrit en latin du XVIème siècle dont on ne connaissait le contenu qu’à travers des extraits cités par des auteurs des siècles suivants.

Il n’avait donc jamais été traduit en entier et la curiosité d’en connaître le contenu de ses plus de 200 pages s’aiguisait tous les jours un peu plus et ceci d’autant que les candidats traducteurs courageux manquaient de se précipiter.

Je décidai donc de m’adresser « au bon Dieu plutôt qu’à ses saints » et pris rendez-vous avec le Département de Langue et Littérature Ancienne de l’Université Paul Valéry à Montpellier dirigé par le professeur Jean Meyers. Je fus reçu par Brigitte Pérez professeur de grec et excellente connaisseuse du latin. Il me fallut peu de temps pour convaincre. Rapidement l’enthousiasme pour cette traduction prit corps pour ne jamais se démentir et prendre au contraire un tournant capital avec la participation supplémentaire de deux spécialistes du latin Jean Meyers et Marie Françoise Delpeyroux.

On connaît la suite, tout le développement qui a suivi et l’importance de la traduction de ce Traité permettant une meilleure connaissance de l’histoire de la médecine à Montpellier ainsi que celle de l’importance et l’ancienneté du thermalisme médical à Balaruc.

A l’heure de la construction des thermes de nouvelle génération dans cette ville thermale première en France, arrivent à point nommé la traduction de ce très ancien Traité à propos de ses eaux et le réveil de Nicolas Dortoman, médecin des rois, des princes et des prélats, qui se passionna pour les Thermes de Balaruc et qui fut au fondement de l’importance de son renom.

Les décideurs de cette ville ne manqueront certainement pas de lucidité et de reconnaissance en donnant le nom de Nicolas Dortoman au nouvel établissement thermal.

 

 

 

 

 

24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 13:16

Nicolas DORTOMAN : un homme pour une aventure humaine…

Le Nom d’un établissement, quel qu’il soit, est toujours un temps fort et important car il engage l’avenir. Un nom reste et il se doit de refléter une symbolique forte.

L’autre élément qui entre en jeu pour les Thermes est qu’ils appartiennent avec sa ressource aux habitants de Balaruc. Leur avis sur la question compte: un débat s'impose.

Ce qu'il convient aussi de considérer est que le thermalisme à Balaruc à été et reste une formidable aventure humaine. Pour s'en convaincre il suffit de regarder les employés qui s’y sont investis, les propriétaires successifs et les municipalités qui l’ont fait prospérer, mais aussi les médecins qui ont toujours su en assurer la garantie et attester de son caractère scientifique et médical (encore ces derniers temps avec les recherches cliniques qui attestent de son efficacité), et bien sûr les millions de patients soulagés par ses eaux.

Certes, un nom faisant référence à la mythologie, c’est bien, mais nous avons déjà donné avec "Athéna" et "Hespérides". Il faudrait alors aussi donner aux Thermes le nom d’Hercule ou Héraclès, car c’est pour lui que la source de Balaruc aurait été créée par Athéna afin que ce dernier se reposât alors qu’il allait sur le chemin des Hespérides.

Copie de IMGP0068-1Si le symbole doit être fort, il est vrai que la mythologie a beaucoup servi à cela et ce depuis plus de 2500 ans. Pour les Thermes de Balaruc qui doivent se projeter dans l’avenir et en Europe, l’ancrage doit se faire dans l’histoire du continent de manière représentative. Nous avons la chance d’avoir un fond historique d’une telle richesse qu’il nous place en tête dans le thermalisme national. Il nous faut le signaler par un acte fort et symbolique à divers égards. Nicolas DORTOMAN a tous les atouts pour cela et en plus c'est un européen et il a animé une Université européenne car Montpellier à son époque  rayonnait en Europe. On y venait de l'Europe entière pour enseigner ou recevoir les enseignements de ses maîtres. Le Traité des Eaux de Balaruc a ainsi passé nos frontières, on verra comment lors de la publication de sa traduction.

Nicolas DORTOMAN est assurément peu connu de nos jours mais cela ne durera pas longtemps. Dans les milieux universitaires en ce moment on parle même de Dortomania et ceci depuis que nous avons entrepris de traduire son Traité des Eaux de Balaruc datant de 1579.

Le plus ancien écrit scientifique sur Balaruc. De causis eLa traduction du Traité touche à sa fin, le livre II et dernier en est à ses corrections et notes finales.

Nous nous réunissons régulièrement avec les Professeurs Meyers, Delpeyroux et Perez du Département de Langues et Littératures Anciennes Université Paul-Valéry Montpellier. Le Professeur Carlos Lévy du même Département à la Sorbonne suit l’évènement de près et préfacera la première édition du livre de cette traduction.

La traduction de cette oeuvre magistrale de Nicolas DORTOMAN, par son contenu que l’on ne révèle pas encore, prend actuellement la tournure d’un évènement à tel point que les dates d’un colloque qui se prépare et qui aura lieu à Balaruc courant ou fin 2014 sont déjà programmées. Il réunira une part des meilleurs Universitaires spécialistes du XVIème siècle et plus particulièrement de l’exercice de la médecine et de la pharmacie à cette époque. Au cours de ce colloque sera mise en débat la personnalité des médecins de la Renaissance et de leur art, hérité en droite ligne des idées et de la science d’Hippocrate dans l’Antiquité grecque puis de Galien dans les premiers siècles de notre ère.

L’aventure avec Nicolas DORTOMAN et son temps ne fait que commencer. Va-t-elle se prolonger et poursuivre son rayonnement après des siècles d'oubli?

Chers lecteurs, permettez-moi de vous exprimer mon souhait : que nous, les premiers placés, habitants de Balaruc, en saisissions toute l’importance et sachions ancrer fortement les Thermes dans l'avenir comme face aux tempêtes de Taurus , le Neptune de Thau.

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  • : Balaruc Maimona par Régis Ayats
  • Balaruc Maimona par Régis Ayats
  • : Une source d'eau chaude et salée allait changer le destin d'une presqu'île blottie sur une rive tranquille de Thau
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