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LES THERMES DE BALARUC ET DE SETE. Une même eau deux destins.

Publié le par Régis Ayats

Les thermes de Balaruc et de Sète. 

Conférence à l’ancien cinéma "Le Palace", avenue Victor Hugo le samedi 30 mars 14h00. Entrée gratuite.

La Société d'Etude Historique et Scientifique de Sète et sa Région organise une conférence à l'Espace Palace, avenue Victor Hugo à Sète dans le cadre des ses "Samedis de l'histoire de Sète" et pour le coup de sa région puisque Balaruc:

"Les thermes de Sète et de Balaruc: une seule eau mais deux destins différents" par les Docteurs Michel Ségura et Régis Ayats.

En effet les sources chaudes de la presqu'île du Barrou à Sète et celles de la presqu'île de Balaruc sont de composition sensiblement identiques et obéissent au même processus hydrogéologique avec une résurgence naturelle dans les deux cas.

Nous analyseront dans l'histoire qu'elles ont été les raisons de l'envolée des thermes de Balaruc et dans le même temps celles de thermes plus confidentiels au Barrou.

( Ces réunions étant très suivies il est conseillé d'y être assez tôt... le samedi 30 mars à 14h00 )

 

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LA PISCINE ROMAINE DE BALARUC

Publié le par Régis Ayats

ALORS QUE LA SAISON THERMALE 2019 DÉMARRE...

LA PISCINE ROMAINE DE BALARUC

L’arlésienne ? Non ! Certains l’ont vue… Il y a même eu un complexe thermal d’envergure exploité du Ier au IIIème siècle.

Il y a longtemps que la fameuse piscine de marbre romaine taraude l'inconscient de tous ceux qui s'intéressent au passé de Balaruc au point que cela en devient un mythe. Certains, et pas des moindres, n'en avait même jamais entendu parler...Et dans le même temps est-ce que tous les balarucois savent que dans notre sous-sol il y a des merveilles que beaucoup nous envieraient... et surtout mettraient en valeur. Alors j’ai voulu casser le mythe et me suis livré à un travail de recherche basé sur un certain nombre d'ouvrages que j'ai en ma possession et d'autres que je suis allé chercher, dont dernièrement les articles de la revue "L'illustration", inconnus jusque-là, datant de 1863 et 1865.

Gravure du Dortoman "De Causis" (photo R. Ayats)

Dans ces différents articles on mentionne même les dimensions de cette piscine qui semblait rectangulaire, mais j'ai lu quelle pouvait être de forme ovale.

Alors l'idée qu'il pouvait y en avoir plusieurs a traversé mon esprit et ceci d'autant plus que la gravure de l'ouvrage de Dortoman, le "De Causis», montre une

série de trois bassins stylisés de forme quadrangulaire, étiquetés "Therme obsoleta", abandonnés. On pouvait encore utiliser les piscines de l'époque romaine dans leur état d’origine pendant tout le Moyen-âge et à l'endroit même de la résurgence naturelle de la source thermale et ceci jusqu'au début XVIème siècle.

J'ai donc commencé mes recherches par l'ouvrage de l'abbé Bousquet "Notice et précis historique sur Balaruc-les-Bains et ses sources thermales" dont j'ai déjà parlé dans ce blog. L'abbé Bousquet a été longtemps curé de Balaruc mais c'est en historien local précis et documenté qu'il s'est semble-t-il le mieux illustré. Pour preuve son ouvrage aujourd'hui introuvable, même pas numérisé sur la toile. Heureusement j'en possède un exemplaire numérisé que je publierai prochainement pour que tous puissent y accéder...

On peut lire dans les pages 16 et 17 de cet ouvrage que l'aqueduc alimentait les thermes romains et prenait sa source à Issanka à partir d'un édifice bâti destiné à recevoir l'écoulement de la source avant de la canaliser et que dans le parc thermal on a retrouvé les tuyauteries qui permettaient in fine une répartition de l'eau dans les différentes structures publiques ou privées.

A propos de la piscine on apprend page 18 que celle-ci a été découverte à l'occasion  de fouilles menée en 1863. L'abbé nous apprend que le propriétaire des thermes d'alors, Monsieur Fayard pharmacien lyonnais je crois, dût abandonner le projet de construire un hôtel de luxe près de ses thermes car en creusant il fit la rencontre " à trois mètres environ de profondeur (...) d'une plaque  de marbre blanc. C'était la première marche d'un magnifique  escalier, entièrement revêtu de marbre, conduisant dans la piscine. Sept marche de ce grand escalier purent être mises à découvert au moyen de deux puissantes machines à puiser l'eau, car l'eau recouvrait entièrement ce monument". L'eau arrivait en telle abondance qu'on dût arrêter la progression des fouilles. "On pût pourtant constater la forme ovale de cette piscine, et, à part le grand escalier qui en occupait le centre, deux autres escaliers moins larges, également en marbres, construits aux deux extrémités".

On apprend dans une mention à part que certaines des pièces de marbre auraient été retirées des fouilles pour orner les galetas (?) de l'ancien hôtel thermal. Je ne peux pas dire si ces plaques de marbre existent encore, l'abbé Bousquet conseillait à juste titre qu'il était important qu'elles fussent conservées...

Le site des fouilles ne fut recouvert qu'en 1867. Dans les fouilles du parc en 1833 et à Issanka en 1846 on retrouva les mêmes monnaies antiques permettant de dater les monuments de l'époque de l'empereur Claude, ainsi proclamé par le sénat en 41 de notre ère.

J'ai repris la lecture de la revue" l'Illustration" tome 42 de 1863 et l'article de la page 426, rédigé par le docteur Jacquemet, alors médecin référent des thermes de Balaruc. Celui-ci confirme que cette année-là, à l'occasion de fouilles, ont mis au jour "des thermes avec leurs piscines dallées de marbre blanc, des colonnes d'ordres divers, des vases et des médailles...". Dans celle du tome 45 de 1865 pages 205 on apprend de la plume de l'excellent docteur de Laplagne, rédacteur de l’article, médecin-consultant à Balaruc du 15 avril au 15 octobre et à Paris en dehors de la saison au 56 boulevard de Sébastopol, des choses très intéressantes sur les piscines romaines.

"En effet, de l'entrée même du parc on peut facilement, à quelques mètres devant soi, au bas d'une rampe très douce (...) voir l'emplacement d'une vaste piscine patricienne dans laquelle on descendait par des gradins circulaires en marbre blanc, et qui mesure 12 mètres de largeur sur 24 mètres de longueur. En mettant à nu cette merveille d'un autre âge, les fouilles dernières on fait rencontrer des difficultés extrêmes pour protéger les travailleurs contre un volume considérable d'eau thermale à 48° que l'on voyait sourdre et bouillonner de toutes parts". Parait-il plus de 500 000 litres par 24 heures sortaient du trou! (Il devait y avoir un zéro de trop...).

Le même article est illustré d'une gravure qui montre l'établissement thermal (Pavillon Sévigné aujourd'hui) et la piscine romaine en "A" qui est placée derrière alors que dans le texte elle est devant l'entrée du parc thermal attenant à l'ancien l'hôtel à baies en ogives.

Dans un ouvrage plus ancien celui du docteur Pouzaire, médecin résidant aux Bains de Balaruc, "Traité des Eaux Minérales de Balaruc", daté de 1771, on lit en pages 13 que "les bains étoient anciennement plus haut qu'ils ne sont actuellement, et plus près de la petite montagne appelée en terme vulgaire du pays (Pioch d'Aix), d'où on présume avec vraisemblance que cette source dérive; l'on voit encore dans ce même endroit le creux, qui lui servoit autrefois de bassin, auquel s'abouche un ancien aqueduc qui portoit les Eaux dans l'Etang; c'est au milieux et aux environs de ce creux qu'on peut voir les fondements et les débris du bâtiment des anciens Bains".

A en croire d'autres écrits ce serait le comblement par les sarrasins de l’ancienne piscine sur le lieu même de la résurgence naturelle des eaux thermales qui aurait conduit la source à réapparaître plus en aval.

Piscine et griffon de la source thermale (photo I. Bermond, 1991)

On en vient maintenant aux rapports des fouilles archéologiques menées en 1994 et consignées dans un ouvrage intitulé " Carte Archéologique de la Gaule, Agde et le Bassin de Thau", Marc Lugand et Iouri Bermond, pages 172 - 218. Au total 46 pages de texte et de photos relatant les fouilles sur le territoire des deux Balaruc.

A la page 182 sous le Square Bordes les archéologues décrivent les fouilles des thermes romains en se référant aux témoignages importants datant de la deuxième partie du XIXème siècle, comme décrits plus haut. Les éléments de remblai au sein des piscines antiques datant des XVème et XVIème siècles confirment la grande restructuration des thermes de Balaruc à la Renaissance afin de répondre à la nouvelle demande et aux nouveaux principes médicaux. Tout ceci est décrit dans le "De Causis" de Dortoman. Une gravure dans ce même ouvrage qui représente les 3 piscines quadrangulaires et alignées serait donc le dernier témoignage des piscines antiques à découvert.

Une des salles des thermes (photo R. Ayats, 1994)

Le rapport des fouilles récentes fait état d'un ensemble monumental autour des piscines correspondant à un bâtiment qui par ses dimensions correspondrait à un édifice à caractère public.

Opus reticulum visible à gauche (photo R. Ayats)

En 1994 sur 1300 m2 les archéologues mirent en relief " les grandes lignes organisatrices de la partie thermale formant l'aile nord du complexe public de l'agglomération" antique. Le secteur thermal est limité "au nord (...) par un grand mur de façade (de plus de 1 m de large), construit en opus reticulum". "D'importants massifs de maçonnerie retrouvés à l'intérieur de cet espace correspondent aux élévations effondrées. A l'intérieur de cet ensemble, sur la partie méridionale, une série de bassins et de piscines a pu être identifiée. L'un d'eux correspond à un griffon aménagé sur une résurgence naturelle d'eau chaude à mettre en relation avec la fameuse piscine découverte au XIXème siècle".

Mur à contreforts limitant l'espace ouvert (photo I. Bermond, 1994)

D'autres éléments monumentaux d'importance ont été révélés dont cette pièce de 200 m2 aux puissants murs avec de son coté nord une série de massifs alignés pouvant correspondre aux bases d’un portique d'accès. "Cet état de construction, du fait de son importance (plus de 12 m de façades observés et la dimension des pièces de 7.5 m de côté), confirme la vocation publique de ces ensembles".

Outre les piscines plus anciennes qui pourraient appartenir au 1er siècle, ces dernières phases de constructions dateraient du courant du IIIème siècle de notre ère et l'abandon de l'ensemble se situerait au Vème siècle.

Condamnation du praefurnium (photo I. Bermond), pièce faisant suite au fourneau des thermes.

Bibliographie

- N. Dortoman, "De Causis", 1579.

- M. Pouzaire, "Traité des Eaux Minérales de Balaruc", 1771.

- L'Illustration, revues, tome 42 1863 et tome 45 1865.

- Abbé Bousquet, "Notice et précis historique sur Balaruc-les-Bains et ses sources thermales", 1874.

- M. Lugan, I. Bermond, " Carte Archéologique de la Gaule, Agde et le Bassin de Thau", 2001.

 

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LA REVUE L'ILLUSTRATION CONSACRE 3 ARTICLES A BALARUC ENTRE 1863 ET 1866

Publié le par Régis Ayats

CHERCHE ET TU TROUVERAS...

« Balaruc doit occuper, un jour, le première rang parmi les établissements thermaux les plus précieux et les plus utiles à la France ».

 

En cherchant sur la toile à l'aide des moteurs avec je ne sais plus quels items, je suis tombé sur un article consacré à Balaruc dans la revue L’ILLUSTRATION. Dans cet article il était fait mention de deux autres précédemment rédigés. Mon appétit insatiable de trouvailles inédites fut alors aiguisé  et au final récompensé.

Vous pouvez en juger par vous-même en lisant directement dans le revue par l'intermédiaire des URL à chaque fois pour chaque numéro qui vous calera directement sur l'article dans la revue.

En dehors du contenu très intéressant il y a aussi quelques gravures inédites.

 

L'ILLUSTRATION tome 42  26/12/1863  n1087  p425 

 

https://books.google.fr/books?id=j81LAAAAcAAJ&dq=editions%3Ak4CBN7mqENAC&hl=fr&pg=PA425#v=onepage&q&f=false

 

L'article est rédigé par le Docteur Jacquemet. Ce médecin devait être consultant à Balaruc pendant la saison thermale. Les médecins alternaient généralement une pratique dans les villes d'eau pendant l'été puis ailleurs en ville durant l'hiver.

Dans l'article qu'il rédigea pour le compte du journal L'ILLUSTRATION, tome 42 en 1863, on apprend qu'avant Toulon, Vauban avait failli établir à Cette son port militaire et qu'au delà il y avait un petit village dont la source chaude était aussi réputée pour les paralysies que le quinquina pour les fièvres intermittentes.

Il y avait un bateau qui desservait Balaruc et assurait les correspondances avec le chemin de fer à Cette.

L'étang est décrit avec ses sources de l'Abysse au large fumant en hiver et d'Enversac à proximité de ND de Balaruc près d'un rocher dans une anse, appelée aussi Fontaine d'Alésieu. L'auteur explique le phénomène d'inversa puis décrit de manière très poétique la presqu'île, vue de la terrasse de l'établissement thermal. Au sein de l'étang on a cette vision où "de loin et la nuit venue, l'étincelant éclairage de la ville et les feux de la gare se confondent avec les étoiles d'un ciel qui n'a rien à envier à celui de Naples...".

L'état sanitaire de la ville était irréprochable, les gens locaux se distinguaient par une particulière robustesse et une remarquable longévité.

L'auteur évoque avec beaucoup d'empathie comment les vrais patients reprennent du baume au vécu de l'amélioration de leur handicap et de celui des autres. "Des cures inespérées, voilà la source du courage et de l'espérance; il n'y a pas d'effet moral plus agréables pour les vrais malades".

Le Docteur Jacquemet parle aussi de l'amélioration du confort de l'accueil des curistes mais aussi de celui de la technique des thermes due aux prouesses d'un certain Mr J. François dont on reparlera par la suite et qui avait mis au point un système d'extraction des éléments minéraux de la source chaude.

Par ailleurs et dès cette époque on connait le passé gallo-romains de Balaruc avec ses thermes à piscine de marbre blanc, son temple de Neptune et son aqueduc desservant les thermes et probablement la villa de la pointe... Des fouilles étaient pratiquées dès 1863, comme le confirmera l'abbé Bousquet en 1874 dans son ouvrage.

L'auteur évoque ensuite les différents affermages de la source minérale d'abord au chapitre cathédral de Maguelone jusqu'à la Révolution.

 

 

L'ILLUSTRATION tome 45  01/04/1865  n1153  p205  

 

https://books.google.fr/books?id=sQ9zH-E4GigC&hl=fr&pg=PA205#v=onepage&q&f=false

 

Le Docteur de Laplagne, rédacteur de l’article, est médecin-consultant à Balaruc du 15 avril au 15 octobre et à Paris en dehors de la saison au 56 boulevard de Sébastopol.

Il décrit les techniques de base utilisées à Balaruc telles douches, baignoires et piscines activées. On introduisit les eaux-mères des salines voisines c'est à dires des marais salants. Ceci pour améliorer les résultats en particulier dans la scrofule (lymphatisme issu de maladies infectieuses). Les bains dans l'eau de l'étang étaient pratiqués ainsi que les massages.

Dans ce numéro de l'ILLUSTRATION, l'auteur revient sur le site privilégier de Balaruc près de Cette avec de loin, sa forêt de mats mobiles et pavoisés et sur l’étang aux bateaux à vapeur, bricks et autres bateaux de plaisances.

Ce nouvel article dans ce journal était motivé par le résultat de fouilles archéologiques récentes et par l'évolution des techniques thermales.

En effet, l'article précise qu'à l'entrée du parc thermal, à quelques pas, on pouvait voir la piscine romaine de marbre blanc que décrira aussi l'abbé Bousquet. Elle faisait 12m large sur 24 m de long. Au dire de l'auteur de l'article, ce que confirmera l'abbé, les ouvriers furent gênés dans leurs fouilles par de grandes quantités d'eau à 48 degrés, plus de 500 000 litres par 24h parait-il, bouillonnaient de toutes parts. C'est normal, les romains avaient bâti leur piscine au lieu même de la résurgence.

Outre l'intérêt que l'on portait au climat particulièrement favorable qui durait au-delà de l’été, la ville était classée station climatique. Balaruc améliorait sa prestation hydro-thérapeutique en introduisant des procès nouveaux au delà de ceux déjà traditionnellement connus.

Les dernières techniques modernes alors introduites aux thermes permettaient de "concentrer les principes actifs de leurs eaux sous le moindre volume pour rendre l'usage et le transport plus facile". On apprend que la technique de concentration du contenu minéral permettait de transporter facilement le produit soit pour reproduire l'eau par la suite en diluant, soit pour l'utiliser plus concentré soit pour le prendre sous forme de dragées. L'eau de Balaruc "salée, magnésienne et cuivreuse" n'avait parait-il rien à redouter de cette technique de concentration et de la conservation ultérieure de ses propriétés.

Pour confirmer ses dires, le Docteur de Laplagne convoque les plus éminents scientifiques de l'université de Montpellier toute proche en la personne du Docteur Rousset ancien médecin-inspecteur de Balaruc aussi, mais devenu secrétaire général de l'Académie des Sciences de Montpellier, ainsi que de M. Béchamp, professeur de chimie dans la même université.

Le médecin de Balaruc décrit le matériel et la technique d'extraction des minéraux et leur conditionnement en en précisant les indications et modalités de prise soit en préparation avant la saison soit en complément à sa suite, pour pérenniser ses effets.

Aux dires de ce fin clinicien, ces techniques faisaient merveille dans les affections telles "engorgements lymphatiques, sujétion aux douleurs, aux névralgies, mouvements congestifs vers le cerveau, menaces d'apoplexie et de paralysies qui en sont trop souvent le cortège obligé".

Le Docteur de Laplagne rappelle dans son article les effets des traitements de Balaruc en particulier dans la récupération des paralysies. Le médecin rappelle les propos de son confrère secrétaire général de l’Académie des Sciences, le Docteur Rousset, disant qu’«il n’est personne qui, entendant parler de paralysie, ne pense à Balaruc, comme aussi le nom de Balaruc rappelle l’idée de paralysie : ces deux mots, désormais, sont inséparables ». Il cite aussi les propos d’un autre confrère Maxime Durand-Fardel qui dans son Traité de thérapeutique des eaux minérales de France et de l’étranger parle de l’effet particulier des eaux minérales de Balaruc dans les rhumatismes goutteux et dans la scrofule. En ce qui concerne la paralysie il affirme que «les eaux de Balaruc réunissent toutes les qualités stimulantes et résolutives à un degré thermal que ne peut atteindre aucune de leurs rivales» (1).

Balaruc attirait les patients de partout et souvent des plus prestigieux. On se rappelle l’histoire du célèbre scientifique aérostier Joseph Montgolfier qui 50 ans avant venait à Balaruc pour soigner son hémiplégie sur les conseils avertis de ses médecins parisiens.

Les effets sont aussi remarquables dans la scrofule et le lymphatisme. En effet le Docteur de Laplagne site les propos d’un confrère, le Docteur Rotureau, auteur d’un livre sur Les eaux minérales de France. Il dit à propos de la scrofule et le lymphatisme que « l’efficacité de la source de Balaruc a été signalée par tous ceux qui ont observé à cette station thermale. Lorsque l’eau de cette source sera refroidie par l’eau-mère des lacs salants, Balaruc deviendra la première station de France contre les accidents scrofuleux. L’action de ses eaux sera d’autant plus précieuse, qu’elles se trouvent dans un pays dont le climat sec et chaud est un puissant auxiliaire… ».

Le médecin rappelle ici l’avis prophétique du Docteur Alibert, médecin du roi Charles X, qui dans son Précis sur les eaux minérales dit que « Balaruc doit occuper, un jour, le première rang parmi les établissements thermaux les plus précieux et les plus utiles à la France ».

Aujourd’hui les rhumatismes dégénératifs ont pris la place des goutteux car la goutte est mieux soignée, la scrofule et le lymphatisme ont disparu grâce au traitement efficace de la syphilis et de la tuberculose, enfin restent les paralysies qui pourraient encore, dans la récupération de ses séquelles, jouir de l’effet résolutif et stimulant des eaux de Balaruc chaudes, qui pourrait être augmenté encore si l’on y rajoutait en les refroidissant, l’eau-mère des marais-salants (2). Malheureusement les marais-salant ont disparu chez nous et les paralysies ont été prises en charge à Lamalou qui maîtrise depuis longtemps la prise en charge rééducative de ces patients.

 

 

L'ILLUSTRATION tome 47  14/04/1866  n1207  p237

 

https://books.google.fr/books?id=F_owAQAAMAAJ&lpg=PA238&dq=darralde%20m%C3%A9decin%20napol%C3%A9on%203&hl=fr&pg=PA237#v=onepage&q=darralde%20m%C3%A9decin%20napol%C3%A9on%203&f=false

 

Dans cet article d'un certain Fournier on reprend en résumé ce qui a été dit dans les articles des précédents numéros. Il décrit les soins et la vie des patients et leur manière d'occuper leur temps. Il y a cependant un élément intéressant pour lequel je n'ai pas de documentation, ce sont les fameux chalets de famille qu'occupaient les familles et qui bordaient le parc des Bains romains près de la piscine romaine redécouverte.

Il parle à nouveau de l'intérêt des eaux-mères extraites des marais-salant de Villeroy et de leur valeur ajoutée dans le traitement de la scrofule. Il parle des batelets qui tous les jours venaient accoster pour livrer les eaux-mères.

 

(1)- Docteur Maxime Durand-Fardel, Traité de thérapeutique des eaux minérales de France et de l’étranger, Eaux Chlorurées sodiques et scrofule, p287.

https://books.google.fr/books?id=nleh6K4WAQoC&pg=PA289&dq=eaux+m%C3%A8res&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjI17X1kZvgAhVKAWMBHQ3_BiQQ6AEIQTAF#v=onepage&q=eaux%20m%C3%A8res&f=false

 

(2)- Eau-mère des salines: eau extraite après cristallisation du sel dans le cas des eaux-mères des marais salants.

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DORTOMAN, MONTPELLIER, BALARUC : LEUR RÔLE DANS L’HISTOIRE DE LA MÉDECINE ET DE LA PENSÉE, deuxième partie.

Publié le par Régis Ayats

BALARUC A UN INCROYABLE PATRIMOINE 

PATRIMOINE IMMATÉRIEL. SAISON 2 : EPISODE 2 et 3

NICOLAS DORTOMAN INVENTEUR DES THERMES DE BALARUC & RÔLE DE BALARUC DANS L'HISTOIRE DE LA MÉDECINE ET DE LA PENSEE

 

 

ETUDE  A PARTIR DU TRAITE:

De causis et effectibus Thermarum Belilucanarum paruo interuallo à Monspeliensi urbe distantium

 

"Sur les causes et les effets des Thermes de Balaruc, tout près de la ville de Montpellier"

 

Edité chez Charles Pesnot Éditeur à Lyon 1579, en 2 livres.

 

 

DEUXIÈME PARTIE : « passé et présent doivent fonctionner comme une unité ».

 

Cicéron, Dortoman, réflexion à propos de deux messages mais une même pensée fondamentale plus nécessaire que jamais..."

 

    Je reçois une lettre du Professeur Carlos Lévy longtemps professeur à L'université Paris-Sorbonne, devenu un ami personnel mais aussi de Balaruc, spécialiste de langue, littérature et philosophie de l'Antiquité. Cet universitaire de renom est également d'ailleurs comme il le dit lui-même, bénéficiaire de longue date des thermes de Balaruc pour une affection rhumatismale assez sérieuse.

    Dans sa lettre, en érudit qu’ici il n'est pas nécessaire de qualifier, le professeur Carlos Lévy développe un parallèle entre le constat de la situation que fait Cicéron de Rome au premier siècle avant J.C. et celle d'aujourd'hui. En effet on aurait tendance à oublier le passé et ses enseignements. "Le passé est un legs, qui crée une responsabilité, écrit-il, et qui exige aussi une volonté empêchant que ce qui fut ne sombre pas dans l'oubli" et de rajouter: "cela est vrai pour la citoyenneté, cela est vrai aussi pour tout ce qui relève de la culture". Il compare de manière très symbolique cette responsabilité et cette volonté à celle que l'on rencontre dans les palimpsestes. En effet, par économie de parchemin, on effaçait un premier texte pour en écrire un second sans que ne disparusse, comme il le dit, entièrement le premier, pour de manière responsable et volontaire en garder la mémoire.

    C'est bien de cela qu'il s'agit à Balaruc. Il est important tout en écrivant le  présent de ne pas oublier le passé pour en garder le souvenir et continuer à s’en inspirer. A ce propos, le professeur Carlos Lévy rajoute que "le sol de la région balarucoise offre à qui veut bien les lire de multiples et antiques traces d'édifices publics ou privés qui sont autant de récits tissant inlassablement la dialectique de ce qui demeure identique et de ce qui change".

   Comment ne pas être ému par cette vision de raison et de sagesse, moi qui cherche, collecte et commente inlassablement depuis des années les témoignages de notre incroyable patrimoine. Je suis convaincu que ce travail de recherche sur le patrimoine matériel et immatériel de Balaruc sera immanquablement suivi tôt ou tard d’une prise en compte et d'une mise en valeur. Je suis convaincu que le patrimoine et l'environnement sont des valeurs sûres et d’avenir à défendre pour demain. Tous les enseignements que l'on retire depuis des mois de la traduction du Traité de Dortoman, analysé par les meilleurs exégètes, "comme autant de paroles que l'on aurait pu croire perdues, (et qui) nous viennent de loin, de très loin", n'aurait pas été possibles sans le sens d'une responsabilité et d'une volonté. Car c'est de responsabilité et volonté qu'il s'agit. Si nous ne faisons pas ce travail j'ai peur que dans un avenir qui pourrait être très proche on ne vienne nous le reprocher...et peut être même nos propres enfants car c'est d'avenir économique et d’emploi qu'il s'agira.          L’histoire, le patrimoine et l’environnement incroyables dont nous jouissons vont réaliser des atouts supplémentaires dans la compétition qui se profile entre les villes thermales. Toutes les villes d’eau s’organisent pour produire du plus dans la perspective de cette compétition de l’après sécurité sociale. Encore faudrait-il que nous en prenions conscience et en eussions envie et qu'en responsabilité nous mettions en place les justes et bonnes mesures de protection et de développement de ce qui va devenir un véritable produit…

Enrichir notre patrimoine en le préservant et en l'accroissant "n'est pas l’apanage des seuls historiens, archéologues et conservateurs de musées. Cela suppose chez tous, le sens des responsabilités" rajoute Carlos Lévy, "une volonté".

 

Enfin dans son analyse de l'œuvre de Dortoman à Balaruc, Carlos Lévy tente un parallèle entre Cicéron et Dortoman affirmant que ces deux hommes que tout sépare par la formation mais aussi parce que issus de deux périodes éloignées, premier siècle avant et seizième siècle après J.C., avaient une vision pourtant identique, «ce refus de considérer l'être humain comme une particule atomique qui pourrait subsister isolément ". Cicéron réclamait que le citoyen prît en compte le passé de la République et le perçût non comme une entité étrangère mais comme son propre passé. En écho à la parole de Cicéron, considérant que passé et présent doivent fonctionner comme une unité, Dortoman, dans un autre domaine qui est la médecine, est mû par la même pensée qui "ne conçoit pas une médecine fragmentée, divisée en secteurs s'ignorant les uns des autres".

    Dortoman fait partie des humanistes, comme nous pouvons l’être aujourd'hui nous aussi, il est pétri d'humanités, c'est à dire des valeurs de la pensée des auteurs du passé qui participent de la réflexion de celles du présent. L'humanisme réalise encore une fois une sorte d'unité que d'aucune qualifieraient de parfaite :. Cette unité passé-présent, j'en suis convaincu, exprime cette notion aristotélicienne d'un ensemble en puissance qui va se traduire en acte avec force. C'est ce qui s'est passé avec Dortoman et ses semblables contemporains quand cette idée a germée de manière précoce mais retenue dans un premier temps parce que réprimée mais s'est exprimée secondairement avec la force qui lui revenait.

    Les principes d'unité et de causalité sont bien les valeurs pour lesquelles Dortoman s'est battu. C’est parce que ses contemporains et ses élèves insistaient de toutes parts, mais aussi parce qu'il bénéficiait des appuis nécessaires de la part des puissants qu’il soignait, chef militaire et prélat, (François de Châtillon et Jacques de Castelnau), qu'il s'est enfin exprimé par écrit dans le De Causis de Balaruc. C'est bien de renaissance qu'il s'agit quand on évoque alors la notion d'unité dans le principe. L'homme est considéré comme le fruit et dans le même temps partie prenante de son environnement naturel et même cosmique comme le rajoute Carlos Lévy.

    "Si Balaruc a pour lui une telle importance, rajoute-t-il, c'est  parce que ses eaux qui guérissent tout, ou presque, restituent l'unité essentielle de l'être humain, elles en sont comme le miroir thérapeutique". Ce que Dortoman observe est exprimé avec courage dans une époque où l'Eglise veille pour préserver son orthodoxie. Il affirme assez nettement que "les miracles (...) ceux qu'il observe à travers la guérison de ses patients, ne sont pas dus à une intervention de la transcendance divine, ils résultent de l'unité retrouvée de la vie en ce lieu qui est comme le microcosme de l'univers".

    En ce lieu parce que l’eau ! Car l’eau est principe de toute chose comme Dortoman le rappelle tôt dans le titre et la première ligne du premier livre de son Traité convoquant le philosophe mathématicien Thalès :

« L’EAU NATURELLEMENT CHAUDE, COMME L’EST CELLE DES THERMES (DE BALARUC), EST LE SYMBOLE DES PREMIERS PRINCIPES DE LA NATURE »

« Thalès de Milet, fondateur de la secte philosophique ionienne, au témoignage de Plutarque, a professé que l’eau est le principe de toutes choses naturelles ».

 

ANNEXE

La lettre dans son intégralité

           Au livre V, 2 de son ouvrage « Sur la République », écrit en 54 av. J.C., alors que la crise de l’État s’aggravait de jour en jour et que le pire, autrement dit la guerre civile apparaissait de plus en plus comme un événement probable, Cicéron écrit ceci : « Notre génération avait hérité d’une organisation politique comparable à une peinture magnifique sans doute, mais dont la netteté commençait à passer à cause de son âge ; non seulement elle a négligé de la restaurer, en y remettant les mêmes couleurs qu’autrefois, mais elle ne s’est même pas préoccupée de sauvegarder au moins son dessin et la ligne, pour ainsi dire, de ses contours. Qu’est-ce donc qui subsiste des mœurs d’autrefois, qui ont fait, comme a dit le poète que Rome restât debout ? ». Je me garderai bien d’interpréter ce texte à la lumière des événements récents, car sa portée me paraît bien plus vaste. Le passé est un legs, qui crée une responsabilité et qui exige aussi une volonté empêchant que ce qui fut ne sombre définitivement dans l’oubli. Cela est vrai pour la citoyenneté, cela est vrai aussi pour tout ce qui relève de la culture. Balarucois de cœur depuis plus de trente ans, j’arpente tous les étés cette région d’une richesse culturelle exceptionnelle, admirant précisément dans la beauté de ses paysages la capacité de ses habitants à poursuivre et à transformer, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. Comme dans les manuscrits palimpsestes, où l’on effaçait un texte pour en écrire un second, sans que pour autant les traces du premier disparussent entièrement, le sol de la région balarucoise offre à qui veut bien les lire de multiples et antiques  traces d’édifices publics ou privés qui sont autant de récits tissant inlassablement la dialectique de ce qui demeure identique et de ce qui change. Patiemment, comme l’a raconté le Dr Ayats dans son beau livre sur Maimona, nom probable de l’antique Balaruc, on a mis au jour des ruines –en 1995 encore, celle d’un édifice consacré à Mars, avenue des thermes- des inscriptions, des monnaies, des objets divers, qui comme autant de paroles que l’on aurait pu croire perdues, nous viennent de loin, de très loin. Partout la confirmation de la pérennité de cette vocation de ville d’eau, dans tous les sens du terme, dont depuis toujours les curistes sont les principaux bénéficiaires, non les seuls. Enrichir le patrimoine en le préservant et en l’accroissant n’est pas l’apanage des seuls historiens, archéologues et conservateurs de musées. Cela suppose chez tous le sens de cette responsabilité dont parlait Cicéron, autrement dit savoir privilégier l’antique legs, alors que la tentation est grande chez beaucoup de céder à la dernière mode, généralement aussi futile et éphémère que les précédentes.  Cela nécessite aussi des choix budgétaires particulièrement difficiles en cette période où les besoins sont criants partout. Autrement dit, et nous revenons encore à Cicéron, tout est en définitive question de volonté. Le fait qu’il n’y a pas si longtemps un président des États Unis ait pu se faire élire avec comme slogan « Yes we can », nous le pouvons si nous le voulons, prouve qu’il n’est pas inutile de faire appel à cette force dont Descartes disait qu’elle est infinie, alors que l’entendement, lui, est fini.
            Cicéron, Dortoman. En principe, tout ou presque sépare le brillant avocat et homme politique de la Rome antique et le grand médecin montpelliérain du XVIe siècle, dont je dois la connaissance au Dr Ayats. Tout, sauf qu’ils ont en commun le refus de considérer l’être humain comme une particule atomique qui pourrait subsister isolément. Cicéron réclamait que le citoyen prît en compte le passé de la République et le perçut non comme une entité étrangère mais comme son propre passé. Dortoman ne conçoit pas une médecine fragmentée, divisée en secteurs s’ignorant les uns les autres, ce qu’elle est parfois un peu trop souvent aujourd’hui. Humaniste de la Renaissance, il situe l’homme dans son environnement naturel et même cosmique, il le perçoit comme une unité de vie connectée au monde en toute occasion. Si Balaruc a pour lui une telle importance, c’est en particulier parce que ses eaux qui à ses yeux guérissent tout, ou presque, restituent l’unité essentielle de l’être humain, en sont comme le miroir thérapeutique. Avec Dortoman, quelles qu’aient pu être ses croyances personnelles, les miracles balarucois, ceux qu’il observe à travers la guérison de ses patients, ne sont pas dus à une intervention de la transcendance divine, ils résultent de l’unité retrouvée de la vie en ce lieu qui est comme le microcosme de l’univers. Que l’on me permette de faire état ici de mon expérience personnelle. Atteint il y a trente ans d’une forme sévère de spondylarthrite, j’étais soigné par d’excellents rhumatologues qui palliaient comme ils pouvaient les dégâts de la maladie, au fur et à mesure qu’ils se produisaient. En désespoir de cause, sur les conseils d’une  parente, et devant la perspective de ne plus pouvoir marcher, je me résolus à venir à Balaruc, sans grand espoir, car mon rationalisme y répugnait. Je n’en repartis pas guéri, c’était impossible, mais dès la première cure je rentrai chez mois avec la conscience très nette que j’avais repris le dessus, que la maladie remporterait encore quelques victoires, mais que cette guerre-là c’est moi qui la gagnerais. Depuis, dortomanien sans le savoir jusqu’à une époque récente, je chante sur tous les tons les louanges de cette ville à laquelle je dois tant.
            Cicéron, Dortoman. Deux messages, mais une même pensée fondamentale, plus nécessaire que jamais en cette période où tout pousse à l’accélération du temps, à la fragmentation et, par là-même de ne plus prendre le temps de penser à soi-même dans toutes les dimensions de notre humanité.

Carlos Lévy

Professeur émérite à l’Université de Paris-Sorbonne

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DORTOMAN, MONTPELLIER, BALARUC : LEUR RÔLE DANS L’HISTOIRE DE LA MÉDECINE ET DE LA PENSÉE, première partie.

Publié le par Régis Ayats

BALARUC A UN INCROYABLE PATRIMOINE 

PATRIMOINE IMMATÉRIEL. SAISON 2, ÉPISODES 2 et 3

NICOLAS DORTOMAN INVENTEUR DES THERMES DE BALARUC & RÔLE DE BALARUC DANS L'HISTOIRE DE LA MÉDECINE ET DE LA PENSÉE

Nicolas Dortoman, buste

 

 

ETUDE  A PARTIR DU TRAITE:

De causis et effectibus Thermarum Belilucanarumparuo interuallo à Monspeliensi urbe distantium

 

"Sur les causes et les effets des Thermes de Balaruc, tout près de la ville de Montpellier"

 

Edité chez Charles Pesnot Éditeur à Lyon 1579, en 2 livres.

 

PREMIÈRE PARTIE, FIERS MAIS REDEVABLES... par Régis Ayats

Pour que la raison et l'expérience l'emportent sur toute autre considération d'ordre irrationnelle ou métaphysique.

Nicolas Dortoman n'est pas le Maître qui a le plus écrit à l'Ecole Royale de Médecine de Montpellier et on a vu combien il était sollicité par ses diverses activités tant à Montpellier qu'à travers tout le royaume.

L'afflux des élites sociales aussi bien que des gens ordinaires auprès des bains amena les autorités politiques à les restaurer précise Jean Meyers dans sa préface de la traduction éditée chez Editions-Garnier à Paris.

De toutes parts dans la communauté nationale et européenne on se presse à l'Ecole de Médecine de Montpellier où sont les enseignements et les idées scientifiques les plus modernes. On presse Nicolas Dortoman qui est l'autorité médicale reconnue de mettre par écrit sa pensée et sa pratique médicale. Ce médecin brillant n'a pas encore écrit tant son emploi du temps l'en empêche. D'ailleurs dans son épître à Henrisch Stapedius, un de ses élève et concitoyen germanus (allemand), domicilié alors à Cologne, Dotoman dit que celui-ci l'a prié et supplié de ne pas accepter que son Traité sur les Thermes de Balaruc,  de loin les plus dignes parmi les Thermes de toute l'Europe, demeurât plus longtemps à l'abri, en repos et bien caché, chez moi, et plus loin de préciser encore son insistance répétée afin que ce Traité soit publié: ce que je n'aurais probablement jamais fait de mon propre chef sans tes pressants coups d'éperon, tout simplement parce que cela ne lui paraissait pas plus vertueux que ce qu'avait fait Hercule en nettoyant les écuries d'Augias.

Parce qu'en fait les Thermes de Balaruc étaient alors à cette époque dans un tel état que les comparer aux écuries d'Augias n'était pas un vain mot.

Un autre élève de Dortoman installé à Leipzig, dans une épître, fait l'éloge de son très digne et respectable Maître, puis dans son poème il dit: mais s'il a plu aux Dieux que l'effort surpasse tout, comment laisser un problème sans enquête approfondie? Et plus loin de rajouter: déterminer les causes et les effets des Thermes, voilà le but que le premier tu t'es fixé: là tout est inconnu, mais rien ne pourra échapper à ton esprit.

Bref voilà Dortoman soutenu et extrêmement sollicité de toutes parts en Europe pour rédiger son Traité. Il n'est pas le premier dans la rédaction d'un ouvrage du genre De Balnéis  (genre littéraire qui traitait des thermes en Italie, en Allemagne et en France depuis le XIIIème siècle). Mais comme le dit J. Chandelier à propos du De Balneis de Gentile da Foligno, médecin de Pérouse, il s'agit d'allier à la fois une tradition scolastique livresque à l'expérience vécue du médecin. Or on va voir avec Dortoman que cela ne va pas lui suffire et qu'à l'instar de ce qui se produit à Montpellier désormais, la théorie devra être confrontée à l'expérience. C'est à dire tirer les conclusions de la pratique et en dicter des règles mais seulement dans la mesure où l'expérience est reproductible et non basée sur une ou quelques observations. C'est là une démarche scientifique précoce. C'est là la nouveauté de la contribution de Dortoman et c'est cela qui en fera sa célébrité. Voilà pour nous balarucois une chance inouïe, il choisit les eaux chaudes thérapeutiques de Balaruc (que l’on désigne sous le nom générique de thermes), comme champs d'application de sa pensée à la fois médicale et scientifique, théorique et pratique, voire pensée universelle.

Ce Traité va contribuer à changer le mode d'exercice et de pensée de la médecine en général et de l'utilisation des thermes en particulier. En France, le De Causis (puisque désormais nous appellerons ainsi le De Balneis de Balaruc), n'est pas le premier Traité mais on l'a compris c'est le premier par son contenu qu'on qualifiera sans exagérer de moderne. Avant lui on citera Mithobe Buchard 1556, Hubert Jacob 1570, Jean le Bon 1576, Roch le Baillif 1577, Philippe Besançon 1577. Tous ceux qui succéderont au De Causis de Dortoman dans les décennies et siècle qui suivront, s'inspireront de lui et en particulier Jean Banc, ancien élève de Dortoman, à propos des eaux du bourbonnais 1605, Isaac Cattier, élève aussi, à propos des eaux de Bourbon 1650.

Madame Berriot-Salvador, spécialiste du XVIe siècle à l’université Paul-Valéry Montpellier, s'est livrée à une étude intéressante du Traité de Dortoman (Colloque de 2014 avec un compte rendu dans: Nicolas Dortoman et Balaruc, Editions-Guilhem 2015. Etudes réunies par Jean Meyers et Brigitte Pérez-Jean), Nicolas Dortoman: l'esprit et la méthode d'un professeur de Montpellier", pp 95-117).

En préambule du Traité un autre poème d'Andréas Widholz d'Ausbourg évoque le savoir de Dortoman humaniste et classique dans l'évocation de ses références médicales, qui sont celles aussi défendues dans l'Ecole de Montpellier. Car, dit-il, non seulement Hippocrate de Cos, Galien, Avicenne sont enseignés par toi, d'un verbe disert, dans une chaire royale; mais encore: tout le savoir que l'on obtient en beaucoup d'années par un travail acharné dans des Portiques retirés, autant nous en recueillons en une heure rapide comme l'éclair, grâce à tes paroles au sein de la Palestre qui t'est chère. On comprend qu'il n'ait pas eu le temps d'écrire comme ses homologues contemporains de Montpellier comme Laurent Joubert ou Guilhaume Rondelet. Ce que dit de manière poétique Widholz est clair, en dehors des cours magistraux, Dortoman donnait probablement aussi des enseignements sous des Portiques retirés et très probablement des exercices pratiques au sein de la Palestre, c'est à dire de palestres privées. On pourrait y voir là, évoquées à demi-mot, les séances d’anatomie privées qu’il devait délivrer sur des dissections alors interdites.

Laurent Joubert

L'année même de la sortie du Traité en 1579 chez Charles Pesnot à Lyon. Autre éditeur, Jean Paul Zangmaister, édite la pharmacopée de Laurent Joubert qui dans sa préface met en valeur l'apport et la contribution de Dortoman; ils se connaissent très bien. Il loue Nicolas Dortoman, Docteur Royal et Professeur en l'Université de Montpellier (...) qui entre ses autres occupations a mis la main à ce labeur, par lequel il satisfera aux Apoticaires les mieux versés, mais mesme aux plus sçavants medecins et chirurgiens.

"De Causis"
"De Pestis" trad. 1581

Joubert et Dortoman sont très liés, en attestent les courriers qu'ils se sont échangés ainsi que le poème que Dortoman à rédigé pour le De Peste de Joubert en 1567, édité chez Charles Pesnot à Lyon; ce même Charles Pesnot qui éditera le De Causis de Dortoman deux ans plus tard. Madame Berriot-Salvador évoque l'hypothèse selon laquelle  Stapedius le lyonnais aurait servi d'intermédiaire entre l'éditeur Charles Pesnot et les deux auteurs montpelliérains.

Guilhaume Rondelet, portrait et le "De Pescibus"

Tout ce travail de Dortoman avec Joubert et Rondelet avec le De Pescibus, est fait pour s'opposer de manière contradictoire  aux  empiriques et contre les abus de tous ordres.

Pour cela il va être nécessaire d'organiser le discours et la pratique autour de principes raisonnés.

 

Les choses sont dites, Joubert, Rondelet et Dortoman ainsi que l'ensemble de l'Ecole vont se référer aux plus anciens sages tel Hippocrate et Aristote mais aussi plus récents Galien et enfin Avicenne.

Dans son traité, Dortoman ouvre son livre I par une

Armoiries Coligny-Châtillon

dédicace à François de Châtillon, chef militaire protestant illustré pendant les guerres de religion. François de Coligny devient de Châtillon à la mort de son père l’amiral de Coligny Gaspard II seigneur de Châtillon, mort assassiné la nuit de la Saint-Barthélemy.

Cette dédicace commence certes par les trois grands préceptes attribués à Chilon ou aux Sept Sages et gravés à Delphes dès l'entrée du temple d'Apollon. Au moins un des trois a marqué la conscience de toute l'humanité, le Connais-toi toi-même. Ne convoite rien de trop et Considère que la misère est compagne de dettes et de procès devaient compléter le premier précepte bien connu aux dires de Dortoman.

Plus loin Dortoman s'exprime sur les sentences d'Hippocrate de Cos défendues par l'Ecole de Cnide et parmi elles, en voici une, qu'il ne faut pas prendre à la légère, inscrite en exergue du Livre I du Traité: un médicament ou des médicaments en petit nombre, et adaptés au malade, sont plus à recommander que de plus nombreux remèdes, si toutes fois ce traitement restreint donne des garanties de sécurité.

A la suite de cela, en accord avec cette sentence, Dortoman exprime son point de vue sur les médicaments simples et uniques ainsi que composés ou multiples. On l'aura compris, en désaccord avec la Thériaque et Mithridate et autres Grands Antidotes, il situe le terrain de son expérimentation par le choix d'un remède unique, simple, composé par la nature en tout cas, et non par la charlatanerie frelatée de l'art, offert gratuitement, connu très couramment par l'expérience, mais mal démontré jusqu'ici par la raison, un remède auquel aucun auteur n'a jamais consacré un ouvrage pour la postérité (...) Tel est mon ouvrage... à propos de l'élément liquide de Balaruc (...).

Dortoman  choisit les Thermes de Balaruc pour sa démonstration sur les remèdes simples et en petit nombre adaptés aux maladies et non les réputées panacées, ces préparations comprenant d’innombrables éléments. De plus Dortoman fustige les abus qui sont faits de ces thermes au point qu'ils puissent devenir dangereux. Dortoman prend en compte donc les effets secondaires, voire les surdosages de ce médicament et donc cette nécessité de devoir réglementer les prises en quantité et en qualité. Et Dortoman de préciser au début de son Livre I que si ces eaux ont pu être dangereuses ce n'est pas à l'usage de ces sources chaudes mais à leur abus qu'il faut en assigner, en attribuer, en octroyer la responsabilité. Pour ce faire il dit un peu plus loin que ses deux livres viseront à préserver comme à modifier le tout et les parties et seront traités dans le plus grand respect des méthodes à la fois rationnelles et expérimentales.

Tel est l'esprit novateur de l'Ecole de Montpellier et par effet d’entrainement celui des thermes de Balaruc où l'on applique de facto les mêmes principes. Devenus une référence et un gage de modernité cette doctrine va s'affirmer pendant des siècles. 

Le Traité sur les thermes de Balaruc en sera l'un des principaux supports. Dortoman annonce carrément la couleur, il s'agit de dénoncer et corriger les abus et les usages inconsidérés des eaux pouvant entraîner une mort prématurée des patients et un discrédit sur les thermes. Le Traité est rédigé selon la règle en vigueur opposée aux empiriques de tous poils c'est à dire d'abord l'exposé de la théorie puis dans le Livre II la pratique et le tout de manière rationnelle et expérimentale selon ses propres mots. Par ces idées il se situe dans la droite ligne de son université et en accord avec ses collègues montpelliérains Laurent Joubert et Guilhaume Rondelet.

Ainsi Rondelet, dans son écrit le Des Poissons (extrait cité par Evelyne Berriot-Salavador dans Nicolas Dortoman et Balaruc, Editions Guilhem, Etudes réunies par Jean Meyers et Brigitte Pérez-Jean  p 107) de rappeler aussi: Il est donc besoin d'user de quelque moyen pour juger et discerner les choses. C'est la raison avec l'esprit bien instruit et appris. Au moyen de quoi les anciens nous ont laissé un art de bien traiter et débattre des choses, qui nous est comme instrument et certain moyen pour bien, de bon ordre, et clairement enseigner toutes choses, les considérer et les examiner, et distinguer les fausses des vraies. C'est la logique.

La nouveauté réside dans cette modernité dans l'esprit de la conception de l'expérience et son application avant d'énoncer une vérité et que le résultat de cette expérience soit reproductible pour que cette vérité soit actée. Pour qu'un effet soit retenu en tant qu'issu d'une cause bien déterminée, il doit être capable de pouvoir se reproduire pour la même cause. Il le répétera à l'envie quand il prévient contre toute attente et dès le titre du Chapitre 5 du Livre I que: Si les effets des Thermes de Balaruc doivent être considérés comme relevant de causes qui agissent métaphysiquement ou physiquement sa réponse sera claire: nous avons pensé qu'il valait la peine de préciser d'emblée que, pour notre part, nous traiterons des effets de ces Thermes de manière non métaphysique, mais physique et médicale.

C'est la logique qui va encore une fois par l'intermédiaire d'Aristote inspirer sa pensée. Dans la dédicace au très noble et très vénérable prélat Évêque de Saint-Pons-de-Thomières, Jacques de Castelnau (de Clermont-Lodève, issu d'une ancienne famille de l'aristocratie languedocienne), Dortoman prononce au début un discours retentissant sur les causes et les effets. Causes et effets qui vont donner le titre de son Traité.

Armoiries épiscopales de Jacques de Castelnau de Clermont-Lodève
Armoiries de Jacques de Castelnau

Dortoman évoque l'ère désormais révolue des médecins du passé, ceux qui soignaient une maladie singulière, cédant la place à ceux tel Briarée aux cents mains qui soignent toutes les maladies à la fois, voulant dire toutes de la même manière. Dortoman, pour les initiés à cet art sacré qu'est la médecine, considère qu'il faut s'appuyer sur l'expérience, non plus empirique mais celle qui fait appel à la théorie qui recherche le dioti, le pourquoi. Et de rajouter encore: Voilà celui qu'aujourd'hui encore nous définissons comme disciple rationnel de la médecine: il ne soumet pas la raison uniquement à l’expérience, mais d'abord il l'explore, la scrute, l'examine en détail, elle qui est plus proche de la nature en général et de sa propre nature en particulier, désormais plus saine.

En conclusion on peut dire que Nicolas Dortoman sut avec Rondelet et Joubert à l'Université de Montpellier au cours de ce moment privilégier de la Renaissance, s'affranchir des contraintes et se tourner à nouveau vers les valeurs classiques. Fortement influencés par la philosophie antique grecque, ces médecins surent ensemble, redonner un nouveau souffle à l'art médical. Ces esprits aristotéliciens novateurs et scientifiques modernes, mus par la puissance de la logique, ont fait avancer la médecine en acte au point qu'aujourd'hui on puisse encore se reconnaître dans leurs enseignements. C'est dans la recherche logique du "quoi" et du "pourquoi" des maladies et des moyens thérapeutiques et la nécessité de mettre en place le minimum thérapeutique adapté que l'on se reconnait le mieux. La prévention enfin est évoquée aussi et abondamment développée. C'est dans cet ensemble que Dortoman et ses contemporains montpelliérains ont été des précurseurs. Pour le dire, Dortoman a eu l'idée de choisir les Thermes de Balaruc comme sujet d'étude et nous pouvons en être fiers. Fiers mais en contre partie redevables…

Nicolas Dortoman est vraiment l'inventeur des Thermes de Balaruc et du thermalisme. Il aura redonné ses lettres de noblesses à la fois aux Thermes de Balaruc et à ce moyen thérapeutique en le redéfinissant, en précisant ses indications et en codifiant ses moyens.

Bibliographie

- Nicolas Dortoman. Sur les causes et les effets des Thermes de Balaruc, tout près de la ville de Montpellier. Edité chez Charles Pesnot Éditeur à Lyon 1579, en 2 livres.

- Jean Meyers et Brigitte Pérez-Jean, Nicolas Dortoman et Balaruc. La Médecine Thermale à    la  Renaissance. Editions-Guilhem 2015. Minutes du colloque de 2014.

- Nicolas Dortoman. Traité sur les Thermes de Balaruc. Traduction et édition critique par Marie-Françoise Delpeyroux, Jean Meyers et Brigitte Perez-Jean avec la collaboration de Régis Ayats. Paris Classiques Garnier 2018.

 

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BALARUC: LE ROND-POINT, LA DÉESSE ATHÉNA ET LES "GILETS-JAUNES".

Publié le par Régis Ayats

L’ÉGIDE ET LE GILET JAUNE

On aurait pu revêtir les attributs de la déesse Athéna d'un gilet jaune au rond-point de l'entrée nord de Balaruc. Il s’agit du rond-point aux allures de petite Acropole où figurent les symboles d'un temple, d'un heaume guerrier et d'une épée que l'on pourrait semble-t-il attribuer à la déesse Athéna.

A ce propos il me semble utile de rappeler quelques souvenirs que je suis d'ailleurs allé me rafraîchir sur les sites internet bien documentés, comme peut le faire tout un chacun.

Sur le fameux rond-point de Balaruc il manquerait la lance mais surtout le bouclier qui n'est pas le moindre de ses attributs quand on parle d'Athéna et de la fonction protectrice qu’elle incarne. Athéna serait la déesse tutélaire de Balaruc si nous  vivions à l'époque dite païenne. Pour la bonne cause on peut parfois se laisser aller à un brin de paganisme.

 

Je vous conseillerais à cet effet de lire dans ce même blog la page consacrée au mythe d'Athéna et d'Héraclès.  En effet, sur le chemin des Hespérides,  la déesse parsema le parcours du héros de quelques sources chaudes pour son repos. Près du chemin héracléen, notre presqu'île bénéficia des largesses d'Athéna pour le bonheur des générations successives jusqu'à nos jours. Nos sources furent dès lors placées sous sa protection, sous son égide.

Car c'est bien d'égide qu'il s'agit, à l'instar d’ailleurs des "gilets jaunes" d'aujourd'hui qui se parent de la couleur jaune pour passer à l'offensive, manifestant leurs revendications mais aussi pour se protéger du danger et même semble-t-il jouir d'une certaine immunité...

Si l'on remonte à la source et aux mythes, tout comme le cercle et la roue dans l'ensemble des cultures, le bouclier symbolise l'univers dans sa plénitude, son infini et son éternel recommencement. Mais ici il a en plus une fonction de protection;  protection dans les combats guerriers bien sûr mais aussi les combats menés dans le domaine métaphysique.

 

Par son parement, le bouclier peut être une arme psychologique du fait des représentations terrifiantes qu'il arbore. Si on en croit la mythologie, la déesse Athéna avec l'aide de Persée arrive à vaincre Méduse par le biais d'un truchement. En effet Athéna polit son bouclier de bronze à la manière d'un miroir dans lequel Méduse réfléchit son visage. Décontenancée (médusée), prise de terreur par sa propre image, Méduse succombe. Athéna plaça alors sa tête et sa peau sur son propre bouclier en guise d'épouvante.

L'égide dans la mythologie grecque est la fameuse arme offensive autant que défensive dont se parait Athéna. Selon les versions il s'agit du bouclier que la déesse avait recouvert de peau de chèvre (chèvre Amalthée nourrice de Zeus) ou de la peau du géant Pallas quelle vainquit. Dans d'autres versions on parle de la peau de son propre père. Par ailleurs l'égide est aussi une sorte de côte de maille de peau de serpent à franges dont la déesse se parait pour se protéger mais qu'elle déployait aussi dans l'offensive pour engager les hommes au combat.

De tout cela découle l'égide en tant que symbole de l'invulnérabilité et de la protection des dieux, d'où le terme de se placer sous l'égide de... quand on veut obtenir la protection de...

Mais quel est, me direz-vous, le parallèle entre le gilet jaune et l’égide?  Et bien c’est celui du sentiment d'invulnérabilité et de protection qu'éprouve le "gilet jaune" d'aujourd'hui quand il le porte. Mais quand il s'agit de le brandir, au niveau des ronds-points et des péages, dans l’enthousiasme général d'un laisser-passer, il donne du baume au cœur de tous ceux qui le portent.

Maintenant de grâce, je ne sais où il faut s’adresser, mais il faut rajouter le bouclier au rond-point de l'entrée nord de Balaruc. On comprendra que cet élément de l'égide revêt une grande importance avec sa redoutable Gorgone. Il faut que tous ses attributs soient reconstitués si nous voulons continuer à bénéficier de la protection divine d'Athéna.

Quelle richesse que ce Balaruc et combien cette petite ville est chargée d'histoire et de mythes!!!!

(Il manquerait encore dans ce rond-point l'olivier, autre symbole d'Athéna avec la chouette...)

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L'ENIGME DU BÉNITIER DE BALARUC

Publié le par Régis Ayats

CHERCHE ET TU TROUVERAS...

L'ENIGME DU BÉNITIER DE BALARUC

En définitive il n'y a rien de compliqué il suffit de chercher. J'ai toujours considéré qu'il s'agissait de se pencher sur une difficulté et mettre toute l'énergie suffisante pour enfin arriver à un résultat. Souvent tout est question de persévérance...

Par exemple dans l'affaire du Traité de Nicolas Dortoman sur les thermes de Balaruc, la traduction n'aurait pas été faite que nous n'aurions pas trouvé toutes ces informations nécessaires pour comprendre l'importance de la station de Balaruc dans l'histoire de la médecine et du Thermalisme français. Il a fallu de la ténacité et de la persévérance  pour trouver l'équipe compétente de traducteurs et permettre ainsi le développement que l'on sait.

Il fallait vouloir et s'y mettre, c'est ce que font les "cherchants" et les chercheurs...

 

De la même manière pour les numéros de la célèbre revue l'ILLUSTRATION qui dans ses tomes parle abondamment de Balaruc et ses thermes. Garce aux puissants moteurs de recherche sur le net et à la numérisation maintenant  très importante d'ouvrages entreprise par Google par exemple, on a accès à un nombre considérable de données diverses. C'est comme cela que j'ai découvert ces 3 numéros de 1863, 1865 et 1866 de l'ILLUSTRATION avec un contenu incroyable dont des gravures inédites. On y apprend que notre station occupait une place de premier choix en France sous le Second Empire et que de ce fait elle se modernisa au point de devenir une référence tant dans sa pratique thermale thérapeutique que dans les résultats surprenant qu'elle obtenait dans certaines indications. Un tout qui attira à Balaruc bon nombre de patients venus de loin dont beaucoup de l'étranger ainsi que nombre de célébrités.

Nous parlerons plus tard de la revue l'ILLUSTRATION mais d'abord le bénitier de Balaruc. Son histoire illustrera aussi la maxime de titre: "cherche et tu trouveras..."

Il s'agit d'une heureuse rencontre que j'ai faite dernièrement en la personne de Monsieur Henri Charles LOFFET qui est archéologue et plus particulièrement égyptologue. Intéressé par les bénitiers il fera heureusement connaissance avec celui de Notre-Dame de L'Assomption qui est le nom de l'église de Balaruc les Bains.

Le bénitier de Notre-Dame de l'Assomption daté de 1625 est sur la liste des objets classés Monuments Historiques. Protégés, il y a par ailleurs Notre-Dame d'Aix romane, le temple de Neptune et l'aqueduc romains.

Son article intitulé "cherchez et vous trouverez" extrait de l'Évangile selon Saint Matthieu, 7, 7, m'a inspiré la rubrique que je vais initier dans ce blog pour illustrer cette qualité.

Voici son article:

« Cherchez et vous trouverez » (1)

Séjournant à Balaruc-les-Bains en octobre 2017 et profitant de ce séjour pour visiter la commune et sa région, mes pas m’amenèrent inévitablement vers l’église paroissiale de la cité, Notre-Dame de l’Assomption. Là, mon regard fut attiré par le bénitier situé à gauche de l’entrée de ce bâtiment.

Très intéressé depuis plusieurs années par la symbolique liée à l’eau en rapport avec les édifices anciens (civils ou religieux), je remarquais que l’intérieur et le bord de la vasque portaient des inscriptions composées d’un blason et d’une inscription en caractères gothiques. Mais, si le blason était bien visible, l’inscription, elle, ne l’était pas. Le texte était largement caché par l’eau que contenait la vasque et empêchait ainsi toute lecture et même toute photographie. Ma curiosité fut toutefois piquée au vif. Quelle était cette inscription ? Que voulait-elle nous dire ?

N’ayant aucun document sous la main, je cherchais alors des ouvrages sur l’histoire de Balaruc et ses monuments anciens. Me procurant quelques uns de ceux-ci dans les librairies de la commune, je n’y trouvais rien qui puisse assouvir ma curiosité. (2)

Cependant, le libraire de l’Avenue des Thermes Romains m’indiqua qu’un jeune-homme de Balaruc-le-Vieux, travaillant à la Mairie de ce lieu, Gilles Balestrière, s’intéressait à l’histoire du pays ; il me donna ses coordonnées et nous prîmes rendez-vous. Mais, pour Mr Balestrière, l’inscription du bénitier, dont il avait entendu parler, restait sibylline ; il ne put éclairer ma recherche. Je restais donc sur ma faim.

Je me tournais alors vers le curé de la paroisse, l’abbé Michel, qui me reçu et me précisa que la DRAC de l’Hérault, sise à Montpellier, avait fait une étude sur ce bénitier. Mais il ne se souvenait ni de la date à laquelle celle-ci avait été entreprise ni des personnes qui avaient fait cette dernière : bien maigre renseignement…

De retour chez moi, dans le Val-d’Oise (95), je recherchais alors les contacts de la DRAC de l’Hérault. Les ayant trouvés sur Internet, je fus mis en relation avec un personne charmante qui me confirma aussitôt que ce bénitier avait été effectivement étudié et classé à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques.  Toutefois, la DRAC de l’Hérault ne possédait plus de documents sur l’objet à Montpellier ; ceux-ci avaient été transférés à la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine à Charenton-le-Pont, dans le Val-de-Marne (94), en région parisienne.

Cette indication me rassura : le document se rapprochait de moi sans le vouloir et sans que je l’ai voulu ni même envisagé. En effet, résidant moi-même dans la région parisienne, je décidais alors de téléphoner à cette institution(3) afin de m’y rendre rapidement. Ceci fut fait le mercredi 7 mars 2018. Là, je reçus un accueil sans pareil. En quelques clics, le dossier « Balaruc » fut sorti et me fut remis pour consultation. Notons que ce dossier est bien mince  et qu’il ne comporte que l’étude de cet objet. La consultation fut donc très rapide. Mais je possédais enfin ce que je cherchais depuis. A ma demande, le personnel présent me photocopia le document, c’est-à-dire une page recto-verso. J’étais heureux d’avoir abouti dans ma recherche et ramenais chez moi le précieux document et, enfin, la traduction de la phrase gravée sur la vasque du bénitier. Hélas, pas une ombre se rapportant à la symbolique de l’eau. Bien plus prosaïque, une simple indication du donateur de l’objet : un certain Jehan RIU, fils d’Antoine RIU, et la date de ce don : 23 mai 1625, le tout accompagné d’un blason aux armes de cette famille :

« 23 May 1625 – Joannes RIU, fils d’Antoine ».

Pour moi, j’avais accompli ma recherche. Revenant à Balaruc en octobre 2018, c’est au Dr Régis Ayats et à Mr Gilles Balestrière que je transmis ce document. A eux maintenant d’en tirer les renseignements qu’il convient, étant sur place et connaissant mieux que moi l’histoire de Balaruc.

Conclusion en guise de moral genre La Fontaine : « qui cherche trouve ».  Ne lâchons jamais une recherche en cours ; allons toujours au bout, nous en serons toujours récompensés.

Henri Charles LOFFET

Docteur en égyptologie

Le 18-12-2018


(1) Évangile selon Saint Matthieu, 7, 7.

(2) Le deux ouvrages découverts alors furent : Dr Robert Gros, Balaruc les Bains en Languedoc, Montpellier, 1988. Dr R. Ayats, L. & J.-M. Pesce, Balaruc Maimona, 2000 ans de passion pour l’eau, Barcelone, 2007.

(3) Je l’avoue, c’était la première fois que j’entendais parler de cet organisme.

 

Pour compléter tout cela j'ai demandé à Lucette et Jean-Marie Pesce s'ils savaient quelque chose sur ce bénitier. Il n'y aurait rien de certain mais on croit se souvenir que ce bénitier proviendrait d'une famille de Balaruc, "les Massonneaux", qui l'aurait offert à la paroisse après l'avoir détenu et amené d'on ne sait où ailleurs en France... De plus il s'agit d'un récipient, une vasque, qui pourrait avoir eu une autre fonction que celle de bénitier...

Donc mystère et si quelqu'un avait des informations plus précises, elles seraient bien entendu les bien venues.

 

 

 

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LES PERSONNALITÉS REMARQUABLES DANS L'HISTOIRE RATTACHÉES A BALARUC

Publié le par Régis Ayats

BALARUC A UN INCROYABLE PATRIMOINE 

PATRIMOINE IMMATERIEL. SAISON 2 : EPISODE 1

LES PERSONNALITÉS REMARQUABLES RATTACHÉES A BALARUC

               

JOYEUSES FÊTES DE NOEL...

 

Voici un inventaire des personnalités de premier plan en France qui sont liées de près à Balaruc soit par les textes qu’elles ont rédigées soit par leur présence physique ou le plus souvent les deux.

Il n'y a aucun ordre ni préférentiel ni chronologique ou autre...

 

LOUIS NAPOLÉON BONAPARTE

En mai 1803 alors qu’il n’était que colonel des dragons Louis Bonaparte le frère de Napoléon suivait une cure à Balaruc. Malgré sa santé aléatoire et les nombreuses fréquentations de stations, la cure à Balaruc sembla n’être qu’un prétexte.
Charles Buonaparte, le père du futur Empereur, vint à Montpellier en compagnie de son fils Joseph âgé de 16 ans pour se faire soigner par les célèbres médecins de cette faculté d’alors. Malgré la réputation reconnue du professeur Vigouroux qui s’occupa de lui, Charles décède le 24 février 1785. Il est inhumé dans l’église des Cordeliers près du chemin de Lattes. Cette église a disparu, elle accueillait au moyen-Age les prêches de Saint Antoine de Padoue.


En 1803, pour sauver les cendres de leur père du risque d’effondrement de l’église endommagée, Joseph Bonaparte alors chef du gouvernement et son frère Louis, contre l’avis de leur frère Napoléon, Premier Consul, décident avec l’accord de la municipalité de Montpellier et le propriétaire de l’édifice, d’exhumer les restes et de leur trouver une meilleure sépulture.

 

L’ABBE BOUSQUET

S’il y a un curé qui a marqué l’histoire de Balaruc c’est bien l’abbé Bousquet. A la tête de la paroisse pendant 5 ans vers le milieu du XIXème siècle, ce prêtre inspiré et érudit à pratiquement tout dit de Balaruc et de son histoire connue à son époque. Doué d’un esprit de logique et de synthèse il avait tout senti du Balaruc de l’Antiquité. Au XIXème siècle, du point de vue archéologique, Balaruc a été plus ou moins bien fouillée, elle a même été plutôt dépouillée par les différents propriétaires fonciers. Il concluait que l’agglomération de Balaruc, dont il avait  déjà daté le début de l’urbanisation au premier siècle, devait être importante tant du point de vue de son développement que de sa vocation

L’abbé avait là aussi reconstitué l’importance de l’aqueduc, son trajet, les éléments adjacents des tuyaux de plomb, l’importance d’une pente utile nécessaire à la bonne circulation de l’eau et puis la déduction qu’une ville importante dut justifier que l’on construisit un ouvrage de cette nature avec un tel débit.

Alors que se discute encore l’étymologie de Thau il avait vraisemblablement approché au plus près la vérité, j’en suis sûr, quand il affirme : « le nom de Thau est une corruption de l’ancienne dénomination de l’étang qu’on lit dans Gariel *, Stagnum taurum, étang de TaurNos géologues modernes, ajoute-t-il, disent que Taur est une expression celtique qui signifie montagne … ».

Il était un être d’une rare érudition et d’un charisme exceptionnel. Il aimait Balaruc et y consacra un ouvrage de promotion complet où l’histoire occupait une place importante pour prouver, si cela était nécessaire, que le rôle de notre ville thermale est de premier plan dans le temps.

 

LE DOCTEUR DARRALDE

Darralde était médecin de la Maison de l'Empereur Napoléon III et en particulier celui de l'Impératrice Eugénie. On peut lire tout cela dans le Journal l'Illustration tome 47 de 1866, page 237 et 238 ;  article intitulé Balaruc-les-Bains. Pour voir cet article, cliquez sur ce lien.

Darralde suivait des cures à Balaruc pour les séquelles d’une paralysie. Il écrivait à l’Empereur lui disant combien il regrettait de n’avoir pas connu plus tôt les propriétés merveilleuses de ses eaux.

En 1860, Napoléon III, fils de Louis Bonaparte, offrait à l’église de Balaruc la copie de l’Annonciation, œuvre de Guido Reni peinte en 1629, que l’on peut admirer au Louvre et sa copie dans le cœur de l’église de Balaruc et dont le cavaliere Bernin disait qu’elle était une des plus belles choses qu’on pût voir…

On ne sait si ce cadeau impérial est en remerciement du rôle indirect joué par Balaruc dans le transfert des cendres de son grand père ou bien celui du rôle direct joué par les eaux de Balaruc dans la récupération des séquelles de son cher médecin.

 

JOSEPH MONTGOLFIER

Au début du XIXème siècle le 28 juin 1810 l’inventeur et industriel Joseph-Michel de Montgolfier meurt à Balaruc. Delambre nous dit : « Il avait toujours été d’une santé forte et inaltérable jusqu’en 1809, qu’il fut frappé d’une apoplexie sanguine et d’une hémiplégie …il voulut éprouver les eaux de Balaruc, il s’y rendait plein d’espoir…Mais dès le troisième jour après son arrivée, une nouvelle attaque l’enleva à sa famille et aux sciences. ». C’est ainsi que mourut le fameux inventeur de l’engin qui porte son nom et qui permit à l’homme d’accomplir son vieux rêve, s’élever haut dans les airs. La dépouille de l’aérostier est restée à Balaruc inhumée dans Notre-Dame d’Aix pendant près de 50 ans.

 

NICOLO PAGANINI

En 1840 le célèbre violoniste Giuseppe Paganini récupéra sa virtuosité, « sa subtile tactilité » comme le dit Albert Fabre, après son passage à Balaruc. Il souffrait en effet de douleurs des dernières phalanges.

 

 

 

 

 

 

 

 

JEAN DOMINIQUE CASSINI

En l’an de grâce 1701 Jean-Dominique Cassin ou Cassini (1625-1712), savant astronome et un des successeurs de Colbert dans l’aménagement du territoire fut envoyé par le roi Louis XIV dans le Midi pour finir la mission de ce dernier, décédé. J. Laissus de la Société d’histoire de la Pharmacie nous relate le contenu de sa lettre qu’il adresse à l’abbé Brignon alors vice-président de l’Académie Royale des sciences. A propos de son épouse il dit : « Comme elle est accommodée depuis peu d’un rhumatisme au bras, elle consultera si les bains de Balaruc ne lui sont pas propres en cette saison. En d’autres termes plus modernes : elle testera l’efficacité des bains de Balaruc.

 

MONSIEUR DE GRIGNAN ET MADAME DE SÉVIGNÉ

 

Madame la marquise de Sévigné en parle des thermes de Balaruc dans ses lettres évoquant le cas de son gendre Monsieur de Grignan qui était goutteux «  de la tête aux pieds » parait-il. Et la marquise de rajouter: « Trois jours à Balaruc ont fait un miracle ».Tous ces aristocrates et leurs médecins parlent de la force des eaux de Balaruc ainsi que de sa boue.

 

FRANCOIS DE RABELAIS

 

 

Le moine cordelier et futur médecin Rabelais, inscrit à l'école de médecine de Montpellier en 1530, était aussi l’écrivain que l’on connait. Ainsi dans Le Pantagruel il cite Balaruc parmi les 6 sources chaudes connues à cette époque.

 

NICOLAS DORTOMAN, GUILLAUME DE CHAUME et GUILLAUME RONDELET

 

En 1568 le Seigneur de Poussan, Guillaume de la Chaume, désire développer l’économie de son fief. L'un de ses actifs, les thermes de Balaruc,  étaient déjà connus pour soigner toutes sortes d’affections ; on s’y pressait de loin, rien n’était parfaitement géré, il fallait donc améliorer tout cela.

Pouzaire médecin résident de Balaruc évoque cet épisode dans son Traité de 1771 et qualifie ainsi le seigneur de Poussan : il était « rempli d’humanité, de zèle et de bonté pour ses vassaux » celui-ci « voulut leur faire part de sa découverte, et non seulement à ceux-ci mais encore à toute la France et à toute l’Europe. Mais il fut bien aise au paravent de consulter la dessus M. Guillaume Rondelet, célèbre Chancelier de l’Université de Montpellier, avec lequel il était fort lié ».

Guillaume Rondelet l’ayant instruit des qualités des eaux, Guillaume de la Chaume voulut les essayer sur lui-même. Il s’y transporta plusieurs années de suite pour une mauvaise sciatique à une cuisse, d’après ce que disait Pouzaire. Il fut parait-il radicalement guéri.

L’affaire fit un tel grand bruit dans le royaume qu’en masse les gens se rendirent à Balaruc pour tout soigner et l’auteur de rajouter, par crainte d’un débordement : « il y avoit tout lieu de craindre que ces eaux, qui étoient devenues si fameuses par le bien qu’en avoit publié M. de Chaume, ne perdissent enfin leur réputation, et ne tombassent de nouveau en discrédit par l’abus journalier qu’en faisoit la multitude du peuple ».    

Pour instruire le dossier médical de l’affaire et mettre de l’ordre dans les thermes on fait appel au médecin ami de Rondelet et qui plus est le médecin le plus réputé de Montpellier , titulaire de la chaire à l’université et médecin des puissants, princes et prélats : le professeur Nicolas Dortoman. Celui-ci allait devenir par son Traité de 1579 sur les thermes de Balaruc l’inventeur du thermalisme moderne. Il deviendra le premier médecin d’Henri IV.

 

THOMAS PLATTER

 

Thomas Platter est un suisse qui fait ses études de médecine à Montpellier comme tant d’autres. En effet son enseignement et sa réputation rayonnaient dans toute l’Europe. L’enseignement en latin langue universelle permettait d’éliminer les frontières et on circulait ainsi d’université en université assez facilement ; comme aujourd’hui mais

mieux qu’aujourd’hui semble-t-il…

Il décrivait les différents lieux qu’il visitait à l’occasion de ses nombreux déplacements à la manière d’un guide touristique d’aujourd’hui. Emmanuel Leroy-Ladurie a repris ses écrits dans un ouvrage très documenté.

 En 1597 la visite de Thomas Platter a Balaruc, donne l’ambiance des thermes à cette époque. Bien que l’on ait dû « renoncer à y élever des constructions importantes, cela ne nous empêcha pas d’y trouver grande affluence de beau monde venu de Montpellier, de Nîmes, de Toulouse et d’ailleurs ».

Il décrit aussi la manière de prendre les eaux.

 

PHILIPPE D’ORLÉANS  1674 1723

 

Petit-fils de Louis XIII, ce prince était déjà Régent de la couronne de France alors que le futur roi Louis XV n'était encore qu'un enfant. Il suivit une cure à Balaruc sur les conseils de Chirac son médecin privé. Le motif en était une blessure qui le faisait souffrir, probablement avec fracture associée, contractée au siège de Turin en 1706. Il était alors militaire et aux commandes de différentes expéditions en Europe notamment dans les guerres de succession en Espagne au service de Louis XIV.

 

 

 

LE BARON ALBIN ROUSSIN 1781- 1854

Il n'était pas encore anobli qu'il se distinguait militaire dans les guerres révolutionnaires puis napoléoniennes. Fait baron à la restauration par Louis XVII il devient pair de France et commandeur de Saint-Louis et entre autres  Ministre de la Marine, ambassadeur à Constantinople, Gentilhomme de la chambre du roi.

On sait par l'Illustration de 1866 que ce personnage important fit des cures à Balaruc alors qu'il était Amiral.

 

 

 

LE MARQUIS DE SEMONVILLE  1759 - 1839

On sait toujours par l'Illustration de 1866 que ce personnage haut en couleurs et haut-faits, non plus guerriers mais politiques et diplomatiques, effectuait des cures régulières à Balaruc à cause de douleurs au poignet et du coup de pied, dues aux fers qu'il dut subir lors de son emprisonnement en Italie par les Autrichiens, dans le cadre de ses fonctions diplomatiques, vers 1790. Avec d'autres diplomates il fut échangé contre libération de la fille de Louis XVI .

En effet Charles-Louis Huguet de Montaran, comte puis Marquis de Sémonville  faisait partie de la noblesse "éclairée" c'est à dire sensible aux thèses mises en avant par les philosophes de Lumières. De ce fait il se lie à des personnages importants tels le comte de Mirabeau, le marquis de La Fayette, Charles Marie de Talleyrand-Périgord.

Comme Talleyrand il occupa des postes importants dans les régimes qui se succédèrent.

 

LE MARÉCHAL DE SAXE

On connait le maréchal de Saxe pour ses haut-faits guerriers (entre autres guerres de succession de Pologne et d'Autriche). Il était le fils adultérin de Marie-Aurore, comtesse de Königsmark, et de l'électeur de Saxe, Frédéric-Auguste I.
Maurice était protestant et à sa mort en 1750 il ne put être inhumé à Paris mais à Strasbourg. Louis XV fit réaliser son célèbre mausolée, œuvre de Jean-Baptiste Pigalle.
Balaruc était sa villégiature d'été en même temps qu'il soignait des douleurs séquelles de blessures contractées sur les champs de bataille.
Dans son ouvrage romancé "Le Sang des Königsmark" vol II, Juliette Benzoni évoque ses séjours dans notre ville:
"Dix ans qu'il était ainsi sur la brèche, ne rentrant à Paris que pour de brefs séjours et presque chaque année, faire une cure à Balaruc, en Languedoc, afin d'y soigner les séquelles d'une vieille blessure reçue à Crachnitz qui l'obligeait parfois à user d'une canne. C'était d'ailleurs pour lui un plaisir que ce séjour dans le vieux pays protestant vidé jadis par la révocation de l'Edit de Nantes mais où il retrouvait pourtant des amis grâce à la politique compréhensive du défunt Régent..."

 

HERCULE ET ATHÉNA

Le poète Grec Pindare affirme que la déesse Athéna fit jaillir pour Héraclès plusieurs sources chaudes auprès desquelles il se reposa après ses travaux. Il traversa notre région pour se rendre au Jardin des Hespérides. La voie herculéenne qui traverse de part en part la plaine languedocienne bien avant la voie domitienne rappelle le passage d’Héraclès dans notre région.

Certains noms toponymiques de notre proche région célèbrent la déesse Athéna. En effet Athéna portait aussi le nom de Pallas et on retrouve près de Mèze le petit fleuve côtier, le Pallas, qui se jette dans l’étang de Thau. Sur ses berges en amont on retrouve les ruines de Notre-Dame de Pallas, chapelle romane dont il ne reste que le mur d’abside. Au nom de la pérennité des lieux de culte celle-ci succéda probablement à un temple dédié à la déesse Athéna Pallas.

Nous sommes aujourd’hui les dépositaires de ce patrimoine mythique et nous devons préserver sur notre commune le rappel d’Athéna et des Hespérides comme nous l’avons fait jusque-là.

 

MAURICE CLAVEL

Maurice Clavel est né à Frontignan d'un père pharmacien mais a passé son enfance puis ses retours de Paris à Balaruc. Son grand-père était fondé de pouvoir chez Pierre Paul au moment de La Société d'Ostréiculture (voir l'article sur les carrés de Pierre Paul). Ses retours à Balaruc se faisaient dans la maison familiale de sa mère née Massonnaud. Elle ne se situait pas loin de l'église dans la rue qui porte désormais son nom. La maison a été vendue après le décès de sa sœur qui y vivait puis détruite pour un immeuble plus moderne... Maurice Clavel est connu pour ses œuvres littéraires, philosophiques, poétiques et cinématographiques. Un de ses actes les plus retentissants fut cette phrase clamée lors d'une émission télévisée dans laquelle il se prononça vivement contre la censure dont il avait été victime: "Messieurs les censeurs bonsoir" et il quitta le plateau de manière très retentissante avec le panache qui le caractérisait...

Cet http vous dirigera vers la vidéo de "Messieurs les censeurs bonsoir": http://www.ina.fr/video/I00019053

 

LUCIEN SALETTE

LucianSaleta.jpg Lucien Salette était député de l'Hérault. Né à Sète il était originaire de Villeveyrac, d'après ce que m'a dit Jean-Marie Pesce. Ce dernier raconte en outre que Salette a fortement contribué par son aide au rachat des thermes par la commune de Balaruc en 1936 alors que son oncle était maire.

 

LE DOCTEUR ROBERT GROS

Je me dois de rendre hommage ici au docteur Robert Gros qui a travaillé toute sa vie a faire connaitre l'histoire de Balaruc; que ce soit par ses recherches que par ses ouvrages. Sa contribution fut majeure. En effet Robert Gros, outre ses qualités de bon médecin généraliste puis attaché aux thermes, était aussi  un poète reconnu et primé. Sa grande sensibilité le rend rapidement ouvert à tout ce qui pouvait présenter un intérêt pour Balaruc et qu'il fallait rapidement soit acquérir soit protéger. Ainsi de nombreux documents sont sauvés et d'autres acquis comme l'original du traité de Dortoman sur les thermes de Balaruc de 1579. On lui doit aussi le classement de Notre-Dame d'Aix à l'inventaire des Monuments Historiques.

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UN GRAND BASSIN INDUSTRIEL

Publié le par Régis Ayats

 

BALARUC A UN INCROYABLE PATRIMOINE 

PATRIMOINE MATERIEL. SAISON 1 : EPISODE 5

Suite: un grand bassin industriel

Balaruc les bains guide du baigneur 1877 Carte     zone indus 1912
Carte de la brochure du "Petit baigneur" en 1877 et partie de l'usine à pétrole vue en 1912
 

En 1900, le train sur la ligne Cette-Montbazin est pris depuis la fonderie. Cette ligne était une des premières en France.

 

Avec la création de la ligne de chemin de fer de Cette-Montbazin qui reliait alors Cette à Balaruc, le développement industriel s’accélère avec l'usine à pétrole, l’usine de Saint-Gobain et les hauts-fourneaux  qui existaient au moins depuis 1877 puisque présentés sur la carte de la brochure du "Petit baigneur" et les écrits d’Albert Fabre de 1882 qui en publie un croquis.

 

Extrait de Albert Fabre 1882 Histoire de BalarucHauts Fourneaux 001
Croquis Albert Fabre représentant les hauts-fourneaux surmontés de la rampe d'approvisionnement. A droite un cachet de la compagnie daté de 1883.
 

Il reste aujourd’hui de cet ensemble industriel qui était le plus important de la région et qui employait autour de 700 personnes, des reliques qu’il faudrait conserver et signaler. Pour les hauts-fourneaux il reste la structure du Belvédère au quartier des usines qui servait de réservoir d’eau. La  base de la structure qui servait d’écoulement du produit fondu et les tuyères de circulation d’air pour le tirage des fourneaux, ont été mis au jour lors des travaux de terrassement de l’ensemble immobilier des « Bas-Fourneaux ».


 pont sur la vois rampe d'acces à la fonderie                    Le quai du port « Suttel » était celui de la fonderie
Les piles du pont de la rampe qui enjambait la voix ferrée ont malheureusement été détruites.

Sur la photo de droite on voit comment se profilait la rampe d'accès vers la digue d'embarquement et débarquement des produits, à la perpendiculaire.

En 1918 on ne voit plus les hauts-fourneaux. Il reste au centre ce qui va devenir le belvédère. En haut à gauche de la cheminée on voit le château , résidence du directeur de la fonderie.
 

Enfin existait en bordure d’étang les piles du pont de la rampe d’accès à la fonderie qui enjambait la voie ferrée. Malheureusement elles ont disparu lors de la réalisation de l'accès aux immeubles des bas-fourneaux. On aurait pu conserver ce vestige et le placer au sein de l'aménagement de l'accès au lieu de le détruire... 

Par cette rampe on acheminait les matières premières et en retour les produits fondus empruntaient la même voie. Il étaient évacués par voie d’eau semble-t-il. La rampe se continuait par la digue perpendiculaire permettant l’accostage des péniches et des bateaux. La route d'accès à la zone artisanale maritime emprunte la partie terminale de la rampe et la digue est celle qui ferme toujours le port Suttel dans sa partie sud. 
 

Sur cette photo on voit en bas l'usine à pétrole des frères Desmarais avec les bacs de stockage.Au fond on voit la presqu'île et peut être même l'île Saint-Sauveur sur la droite dans l'angle de l'étang.
 

La cheminée de Saint-Gobain se dressait encore haut dans le ciel de Balaruc ces dernières années et ce n’est pas sans une vive émotion que dut être prise la décision de l’abattre pour des raisons de sécurité.

 

L’artisanat était simplement représenté, son développement souffrait de la concurrence de ses voisins. Dans les chais Arnaud on fabriquait les barriques qui servaient à contenir le vin, elles étaient  acheminées ensuite par bateaux à Sète alors grand port pinardier du nord de la Méditerranée. C’est sur le plan du port que tout se passait comme le montrent les photos d’époque.

 

Tonneliers en 1906 sur les quais de l'avenue de la gare devant le port du centre ville. On lavait les futailles avec l'eau de l'étang. Au fond on aperçoit les usines à pétrole et la fonderie ainsi que la cheminée de saint-Gobain. à droite derrière les bacs

 

En 1920 les chais Arnaud avec la tonnellerie à droite où les futailles étaient fabriquées et embarquées soit sur des péniches ou bateaux soit sur les charrettes direction la gare au bout de l'avenue.

 

Tout ce tissu industriel a disparu. Les bombardements de la dernière guerre mondiale ont mis fin à l’usine à pétrole. Le déversement des hydrocarbures  bruts d’alors provoque encore des sources de pollution. 

 

Sur les hauteurs de Balaruc, le château était la résidence du directeur de la fonderie. Celle-ci a été détruite lors des bombardements de 1944. Elle a laissé son nom au quartier.

 

Ancienne photo montrant les trous d'obus sur l'usine à pétrole; ceux du bombardement de 1944.

 

Ici le café-restaurant Mimard au début du XXème. C'était le rendez-vous des employés de l'usine à pétrole. Il se trouvait en face de la gare. Il fut détruit pendant les bombardements. Il fut rasé pour agrandir le virage vers la route de Sète qui se trouvait bloqué par la voie ferrée.

Les cyclistes après le travail faisait la course en rentrant chez eux à Gigean, Poussan ou Mèze. On célébrait les champions.

 

 

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MIDI LIBRE article Dortoman 23/10/2018

Publié le par Régis Ayats

 

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